Par un trompettiste parisien né en Bretagne qui, apparemment propose son autobiographie. 68 ans est, sans doute, un bel âge pour ce faire. « Scorpion ascendant Belon », un titre qui indique le contenu. Une distance par rapport au sujet, l’auteur donc : Eric Le Lann, trompettiste de jazz et compositeur (de musiques de films aussi), ironie et humour faisant bon ménage. Des éléments biographiques sont équitablement répartis dans le texte qui brise la chronologie pour tenter, comme il le fait dans ses improvisations, de surprendre pour éviter l’ennui, la monotonie. La manière de se raconter ressemble à celle utilisée par Martial Solal dans la sienne d’autobiographie. La référence à Solal ne doit rien au hasard. Dans ces pages le pianiste-compositeur-chef d’orchestre tient une grande place. Eric participe à la plupart des grands orchestres montés par Martial, les arrangements pour cet album ambitieux de 1990, « Eric Le Lann joue Piaf Trenet – avec une trentaine de musiciens, des cordes… -, plein de surprises, de décalages et qui n’a pas vieilli.

Un autre musicien, trompettiste, est important pour Eric, Chet Baker qu’il rencontre à Paris. Il dit, à la fin, son admiration pour Chet par rapport à Clifford Brown – le trompettiste de jazz dans sa définition la plus idéale mort à 26 ans en 1956 – ou Miles Davis. Il raconte crûment, mais réussit à trouver le ton juste, la galère d’être un junkie. Chet est payé – c’était de notoriété publique mais personne n’avait osé l’écrire de cette manière – par les organisateurs en dose d’héroïne et il paie ses musiciens, notamment Michel Grailler, pianiste remarquable, en héroïne. La mort de Chet, à Amsterdam le 13 mai 1988, ne fut qu’un accident banal bien loin de toutes les légendes colportées ensuite. Belles légendes comme souvent qui permettent de supporter la peine de la disparition.

Une autobiographie presque sans date. Il donne son âge pour les épisodes de son enfance, pour l’accident de voiture qui le clouera au lit pour longtemps qui donne lieu à une furieuse diatribe contre l’école, étrange comme venue d’ailleurs aux raisons non explicitées, au profit d’une formation d’autodidacte qu’il assimile à la vie, au jazz et la date de la mort de son père, trompettiste amateur qui lui avait donné ses premières leçons et dentiste de son état, le 19 juillet 2021.

Il évoque les personnalités qu’il a croisées, connues comme le mémorialiste qu’il est de ces nuits passées dans les clubs de jazz, presque sans référence à la vie du jour, à ces événements politiques ou sociaux qui, visiblement, ne le concernent pas.

A travers les histoires de ses rencontres, son « portrait in Black and Hittite » – titre de son album en duo avec Martial Solal – se dessine même si les contours restent flous, celui d’un musicien de jazz qui a trouvé dans cette musique son ancrage toujours remis en cause. Il dit ne pas aimer le free jazz mais a joué avec Archie Shepp et dit son admiration pour John Coltrane et Eric Dolphy… La contradiction ne lui fait pas peur et il ne craint pas d’en rajouter.

« Scorpion ascendant belon » n’est pas une autobiographie à proprement parler, plutôt une plongée dans les souvenirs d’un musicien de jazz dans les années de la fin du 20e qui a vu la disparition des clubs de jazz et la transformation de notre environnement culturel.

Le style de l’écriture, particulier, ne fait penser que de manière lointaine à son style de trompette, démontre qu’il peut se tailler une place dans l’écriture.

En attendant n’hésitez pas à aller l’entendre…

Nicolas Béniès

« Scorpion ascendant belon », Frémeaux et associés, Paris, 2025, 157 pages


Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu