Un petit livre de Simon Tremblay-Pepin, Intrigues, petit manuel pour une critique des relations publiques, qui mérite bien son titre. C’est d’abord un vrai manuel dans sa deuxième partie, où il passe en revue les grands auteurs d’intrigues, à commencer par le duc de Saint Simon dans ses mémoires, pour aborder la théorie des « pseudo-événements » de Daniel Boorstin, et celle de la manipulation des signes vus par Jean Baudrillard qui tendra à s’éloigner de toute réalité en s’enfermant dans le seul langage des signes. Il évoque la plupart des penseurs de cette discipline pour se permettre de construire une théorie et une pratique alternatives de communication au service d’une entité à définir, peut-être de la vérité toujours difficile à approcher.
Simon Tremblay-Pepin a débuté son parcours professionnel dans les relations publiques. Vues de l’intérieur, celles-ci ressemblent à un nid de vipères rempli du venin de la « vérité alternative » chère à Trump tout autant qu’à Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy. Créer l’événement pour répondre à la demande. Son expérience comme conseiller en communication pendant 15 ans lui permet d’ouvrir la voie à des critiques empiriques des relations publiques qui font froid dans le dos. Les producteurs de tabac qui paient des scientifiques pour affirmer contre toute connaissance médicale que le tabac n’est pas addictif et ne provoque pas le cancer, ainsi que bien d’autres mensonges de cet acabit.
Une lecture nécessaire, une manière de comprendre comment on peut abuser ladite opinion publique. Affirmer un mensonge jusqu’à ce qu’il soit considéré comme une vérité, ou plus subtilement instiller le doute sur une découverte, un remède.
Le dernier chapitre est la recherche de relations publiques au service de la gauche, du mouvement ouvrier – il parle de « relations publiques de rupture » – soit comment faire adopter par la grande majorité des populations des points de vue scientifiquement prouvés. Il propose de s’appuyer sur les théories de Laclau et Mouffe dans Hégémonie et stratégie socialiste, lesquels se veulent post-marxistes. Selon lui, les concepts proposés et le discours ouvrent la voie à un populisme qualifié « de gauche », sans qu’il définisse plus avant le concept. Il résume ainsi la notion de « peuple » chez ces auteurs : « Le peuple n’est pas une population fixe… il s’agit plutôt d’une construction politique qui se transforme au gré des discours et des pratiques hégémoniques ». Comment faire plus flou ? Il pose la question des « petites mains » – c’est son expression pour parler des conseillers en communication– qui devraient, à partir de cette théorie, s’employer à construire des relations publiques porteuses de la pratique hégémonique « de gauche ». La voie est étroite comme le montre sa première partie et la pratique trumpienne actuelle. La démonstration se devrait d’intégrer notre actualité : ce populisme ainsi défini est celui mis en place par l’extrême droite jouant sur toutes les ambiguïtés liées à l’effondrement des frontières de classe pour éviter de présenter un programme clair. Les plus riches soutiennent ouvertement l’extrême droite partout dans le monde pour conserver leur privilège. Les Bolloré, Sterin envahissent les médias pour relayer ce discours populiste qui vise à l’hégémonie. La succession de mensonges mine la légitimité des découvertes scientifiques et enfonce les populations dans l’incompréhension du monde.
Le point aveugle de l’analyse de Simon Tremblay-Pepin se trouve dans l’absence d’une alternative crédible au capitalisme qui pourrait redonner toute sa place aux luttes de classe.
Nicolas Béniès
Intrigues. Petit manuel pour une critique des relations publiques, Simon Tremblay-Pepin, Lux éditions, collection Lettres libres, Canada, 2025, 180 pages. Réédition d’un ouvrage paru en 2013 par les mêmes éditions.
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