Une histoire qui commence mal : un jeune homme, noble désargenté – a-t-il besoin d’avoir un nom ? Narrateur lui convient bien – a été élevé par Stéfan qui s’occupait du jardin. Victime d’une attaque brutale, roué de coups, proche de la mort, il lui demande de retrouver sa petite fille Flora, pré ado d’environ 12 ans.
Il la trouvera et rencontrera son chien Moloch dont la taille impressionne, pourtant d’une douceur inquiétante, son père Sebastian vivant en marge de la société, grande gueule charismatique exerçant son pouvoir sur son entourage, sur un bateau qui avait vu la mer longtemps avant mais qui ne pouvait que rester attaché au quai. La petite princesse règne sur tout ce petit monde, un colosse, Baleine, d’une gentillesse tellement extrême qu’elle fait peur, Valentine, jeune femme qui essaiera de protéger Flora en l’écoutant pour calmer ses angoisses.
Tout ce monde s’agite en cadence, rythmé par la fille et par les fureurs de son père, son amour envahissant, résultat d’une enfance bizarre et sans amour.
Les trajectoires personnelles se mêlent tout en permettant à chacun.e de faire l’expérience de sa liberté et de ses limites. Les apprentissages de la vie en commun forment une trame qui donne du relief à ce conte étrange.
Microcosme de la société, ces déclassés réunis autour d’une enfant qui ne l’est plus, qui se transforme alors que personne ne veut s’en apercevoir et surtout pas son père qui a besoin de son rêve. Il fige la réalité, extrapolant son pouvoir, mais, comme il se doit, elle résiste et l’emportera dans le flots du changement profond de sa fille, obligée de tuer le père.
« Chasse gardée » signifie que le père voudrait avoir tous les droits sur sa progéniture qui ne peut que refuser d’être engagé pour un seul rôle et a besoin de sa liberté, de répondre à ses pulsions, à ses besoins. Bien sûr, le meurtre du père se paiera…
François Pieretti a voulu se débarrasser de la société en créant un groupe d’anarchistes – le terme ne convient peut-être pas – vivant au jour le jour, loin de toute convention sociale mais la société garde toute sa place et s’invite en plein dans ce conte qui voulait seulement parler de liberté, d’aventures.
Nicolas Béniès
« Chasse gardée », François Pieretti, Viviane Hamy éditions
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