Deux romans prennent pour cadre la capitale du Québec pour nous faire visiter ses quartiers, ses populations, en racontant de drôles d’histoires en relation avec notre actualité et ce monde en train de disparaître qui laisse la part belle à toutes les barbaries.
Alias Nina P., sous couvert d’espionnage, est le portrait d’une jeune femme orpheline, élevée dans une « nursery » du FSB, le service secret russe, envoyée à Montréal avec de vrais-faux parents, un vrai-faux petit ami, pour une mission indéterminée et une formation étrange au métier d’espion. La famille vit comme une vraie famille, les liens créés sont réels dans un environnement factice.
Chloé Archambault, Québecoise, se sert, comme arrière-fond de son intrigue, de la décomposition de l’URSS après la chute du Mur de Berlin, qui a permis toutes les utilisations privées des outils de l’État. Elle décrit les tourments de Nina-Ekaterina Yegorova, qui du fait de son état-civil d’origine est ballottée par des vents violents dont les causes ne sont pas très apparentes. L’Université McGill, réputée, où la jeune femme fait de vraies études sous un faux nom – elle aura du mal à faire valider ses diplômes – , semble être un nid d’espions en formation. Elle reste cependant d’une naïveté désarmante. Personne ne lui a appris à se méfier de tout et de toutes. La résolution des énigmes reste trop lisse malgré quelques morts, pour cause de bons sentiments comme il se doit.
Malgré tout, on marche, tant le portrait de Alias Nina P. est réussi.
Helen Faradji centre son enquête sur l’actualité la plus brûlante, dans tous les sens du terme : la révolte dite des banlieues et la volonté des plus riches de les utiliser pour promouvoir un gouvernement d’extrême droite. Un schéma qui se retrouve dans beaucoup de sociétés. Une enquête menée tambour battant par une détective privée, ex flic trop accrochée à son métier, avec son ancien collègue et ami resté dans la police, soit Lisa Giovanni et Thomas Villeneuve, si les noms ont un sens dans la trajectoire des origines. Leur ami commun, Omar, est accusé d’un meurtre horrible. Personne n’a accès au dossier hormis le supérieur de Villeneuve qui, évidemment, se méfie de lui.
Les investigations séparées et communes des deux protagonistes mettront à jour un complot de coup d’État dénommé La corde blanche, titre de ce polar. La résolution n’est pas assez travaillée pour que le lecteur y croie. La caste des ultra riches dispose d’appuis dans toute la société, leur faire mordre la poussière est difficile, et surtout prend du temps.
Plus vraisemblable aurait été leur échec public, afin de se servir de leur résultat pour imposer la libération de leur ami… L’autrice, pour son premier roman, attire l’attention sur l’utilisation des émeutes et sur la volonté des plus riches de s’attaquer directement à tous les droits démocratiques et sociaux, en vue de favoriser – et Trump le confirme tous les jours – l’instauration d’un pouvoir autoritaire défendant leurs privilèges.
Nicolas Béniès
Alias Nina P. , Chloé Archambault, éditions nouveau monde, collection sang froid, Paris, 2025, 381 pages
La corde blanche, Helen Faradji, Héliotrope noir, Canada, 2025, 269 pages
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu