Une deuxième moitié de saison qui pourrait bien de nous faire oublier la première pourtant riche en émotions, réflexions, joies du spectacle vivant et partages culturels. Une première moitié qui s’est achevée le 9 janvier sur un surprenant Thelma, Louise et nous dans lequel Nolwenn Le Doth et Anna Pabst rejouent à fond la caisse (la Ford Thunderbird, ou presque !) l’équipée féministe du film-culte de Ridley Scott sorti en 1991. Elles le rejouent mais aussi le déjouent, le sur-jouent avec un humour décalé et décapant, le mettent en abîme sans l’abîmer, en en faisant un road trip très frenchy entre Bretagne et Vaucluse, pour finir devant le vrai faux Grand Canyon des Ocres à Roussillon mais de façon plus optimiste que les héroïnes du film.   

Toujours en janvier mais 2ème semestre, Nicolas Heredia se baladera avec une copie de L’Origine du monde de Courbet, sous le bras, entre cinq scènes autour de Cavaillon pour un spectacle Nomade(s) qui interroge avec légèreté, humour et intelligence la valeur des choses qui n’a pas grand-chose à voir avec les choses de valeur !

Toujours en voyage, cette fois sonore et onirique, Yom & Ceccaldi se produiront à la mi-janvier dans un concert intitulé Le rythme du silence. Une invitation à une transe musicale où le silence ne s’atteint que dans le summum du son ! Une soirée en coréalisation avec l’AJMi, le Jazz Club d’Avignon. 

Le co-quelque chose est d’ailleurs une belle signature de La Garance qui, sous l’impulsion de sa directrice Chloé Tournier à la tête d’une équipe très engagée, s’est forgée une vraie expertise dans la collaboration et le partage ; pas seulement avec les nombreux lieux de spectacles, parfois très petits – comme une grande sœur solidaire – avec lesquelles elle noue des partenariats dans la région mais aussi en amont. Mutualisation des moyens, co-accueil, coréalisations, coproductions, mais aussi réseaux comme le dernier né : Ça mijote ! Plusieurs structures culturelles se réunissent à l’initiative de La Garance autour de la création « comestible ». Ces dernières années, de plus en plus de spectacles proposent des expériences esthétiques, culinaires et politiques dans une relation scène-salle où artistes et spectateurices deviennent des commensaux. En collégialité avec La Scène nationale de l’Essonne, le NEST – CDN du Thionville, Le Channel, Scène nationale de Calais, il s’agira entre artistes et chercheurs ou chercheuses des territoires, d’explorer les potentialités artistiques et sociétales du théâtre culinaire.

Mais pendant que « ça mijote », d’autres projets continuent et se développent comme A Tavola ! (« À table ! »), une recherche-action agricole et théâtrale avec plusieurs partenaires pour « écrire les récits alimentaires de 2035 » ; ou encore un projet européen, Stories and recipes of resistance qui articule avec des partenaires italiens d’Émilie-Romagne, de Bologne et de Sardaigne, le théâtre culinaire et la résistance civique. Cadre qui donnera lieu lors du Festival Confit au printemps, à une création qui évoque un fait historique sous le régime fasciste Mussolini, survenu le 25 juillet 1943, La Pastacuita antifascista de Casa Servi (les 19, 20 et 21 mai 2026). La scène théâtrale ressemble à une salle à manger où nourritures du corps et de l’esprit se mêlent… Pourquoi pas !     

On pourrait évoquer encore le projet Parcours tapage, un collectif de spectateur-ices et des actions autours de cinq spectacles de l’année ; sans oublier La bande du futur, le comité jeune public de La Garance qui a programmé pour mars, Ma République et moi de Issam Rachyq-Ahrad et la Compagnie IWA.

Quelques autres jalons de la programmation : Valentina de Caroline Guiela Nguyen, le TNS à Cavaillon fin janvier ; L’Inouïe Nuit de Moune où la comédienne et metteuse en scène Alexandra Tobelaim recevra le public dans une yourte installée devant le théâtre ; On fera mieux la prochaine fois du même Nicolas Heredia avec les acteurs et actrices de la Compagnie La Bulle Blue, en février.

En mars ce sera le surprenant spectacle de Maria Otero, Kill Me, une performance dansée et théâtrale autour de la folie amoureuse ; Les Forteresses de Gushad Shaheman qui invite sur scène trois femmes iraniennes à se raconter ; Coquilles d’Amala Dianor, une éveil chorégraphique animal pour les tout-petits ; Ka-In, Groupe Acrobatique de Tanger mis en scène par Raphaëlle Boitel et le mois de mars se terminera après Ma République et moi, par la pièce Doreen de David Geselson qui, à contre-pied de l’amour comme consommation éphémère, raconte la longue histoire d’amour entre André Gorz et Doreen Keir, à partir de la Lettre à D.

En avril, à la Garance on se découvre d’un fil car le climat de Cavaillon y invite, mais comme il y a les vacances de printemps la programmation est limitée : L’Absent(e), de Karin Holmström, propose une balade théâtrale dans le beau village de Lauris sur les flancs du Luberon ; et Mizu, un trio chorégraphique de la danseuse et circassienne Satchie Noro, de la marionnettiste vauclusienne Élise Vigneron et de sa créature de glace… Une performance sur l’eau absolument unique !

Le joli mois de mai provençal sera dédié au désormais coutumier Festival Confit déjà évoqué plus haut mais qui comporte tant d’autres propositions !   

L’année théâtrale de La Garance s’achèvera sur une chorégraphie ludique Distro, où deux chorégraphes explorent la culture bretonne entre bals et bars populaires… Une danse vive, poétique et généreusement « houblonnée ».

Qu’est-ce qu’une « scène nationale » en région ? Une scène locale ? Plus du tout nationale ? Non, locale et nationale ! Une scène qui offre le meilleur du théâtre et des arts vivants aux populations des territoires et qui sait aussi être le lieu de rencontre avec l’ailleurs, qu’il soit national ou international ! C’est donc bien plus qu’une chose « nationale »… Mais ce plus est-il la moindre des choses ? Peut-être, mais sa réalisation est une magnifique tache d’utilité sociale dont l’équipe de La Garance s’acquitte avec joie, intelligence et réussite, et dans un partage tous azimuts.  

Longue vie à cette façon de faire vivre la culture !

Jean-Pierre Haddad         

La Garance, Scène nationale de Cavaillon, rue du Languedoc, 84306 Cavaillon.

Informations plus détaillées et réservations : https://www.lagarance.com/programme

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu