
Sonia Ristic a écrit ce texte après une résidence d’écriture à Beyrouth en 2011 juste après qu’une manifestation pacifique de Palestiniens issus des camps de réfugiés s’est soldée par une douzaine de morts et des centaines de blessés, à la suite de tirs de l’armée israélienne. La femme est une jeune soldate, ranger aux pieds, et celui qu’elle tient au bout de son fusil n’est qu’un gamin, au milieu de femmes et d’enfants. L’adolescent est en tee-shirt, pierre à la main. Autour de lui les manifestants crient Yalla allons-y ! Elle lui dit silencieusement « ce n’est pas ma faute, j’ai des ordres», elle pense aux six millions de juifs assassinés pendant la guerre, il se répète la litanie des dates depuis 1948 et la Nakba, où leur terre leur a été volée. Chacun monologue dans sa tête et revendique sa terre. Entourés par ceux qui soufflent sur les braises, ils se parlent sans s’entendre, ils crient leurs envies et leurs peurs. Chacun fait sienne les « histoires » enseignées, le paradis pour les martyrs d’un côté, la terre qui n’appartenait à personne avant l’arrivée des Juifs venus se réfugier ici après la guerre. Et puis dans ce face à face le doute s’installe.
La metteuse en scène Deborah Banoun a choisi de placer symboliquement les spectateurs sur la frontière. Ils sont assis sur des bancs des deux côtés d’une longue table, l’un des deux protagonistes face à eux, l’autre derrière eux, ce qui rend impossible une vision simultanée des deux. Les deux jeunes acteurs, Pauline Etienne et Mohamed Belhadjine sont intenses et portent leur texte avec passion, « regarde-moi » dit l’un « écoute-moi » dit l’autre. Ils passent d’un bord à l’autre comme pour encourager le spectateur à changer de point de vue. Un drap blanc viendra recouvrir la table à la fin comme une image de ce no man’s land où Palestiniens et armée israélienne s’affrontaient tandis que l’on entend, comme au début, la voix d’Anne Sylvestre chantant J’aime les gens qui doutent. Un appel à se rencontrer, à dépasser les préjugés et le poids de l’histoire, à échanger, à rire ensemble, à partager pour espérer aller vers la paix.
Micheline Rousselet
Du 4 au 20 avril au Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis Passage Ruelle, 75018 Paris – les mercredis et vendredis à 21h, les dimanches à 18h – Réservations : 01 40 05 06 96 ou reservation@scenesblanches.com
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