Tout le monde reconnaît des airs célèbres des opéras de Verdi mais sa vie est moins connue. Pierre-Olivier Scotto nous la raconte. Raymond Acquaviva incarne un Verdi narrateur de sa propre histoire, de ses douze ans, où le curé de sa paroisse qui lui a interdit l’accès à l’orgue meurt foudroyé peu après lors d’un orage (la malédiction que l’on verra en personne un peu plus tard dans la pièce !) jusqu’à sa mort après une carrière qui l’a conduit à composer des opéras connus dans le monde entier. On voit un artiste tourmenté, cherchant la perfection, voulant tout contrôler, précisant qu’il veut que l’on entende les sentiments des personnages et pas seulement les vocalises du ténor ou de la soprano et disant à sa cantatrice « Vous n’êtes que des instruments virtuoses, moi je crée ». On découvre aussi un homme amoureux, peut-être un peu homosexuel avec son élève Emmanuele (thèse qu’avance Roselyne Bachelot dans son Verdi amoureux), mais surtout amoureux de ses interprètes cantatrices, Giuseppina la première, avec qui il eut un lien très fort. Quand elle perdit sa voix, elle resta auprès de lui comme conseillère, secrétaire, imprésario. Elle fut sa compagne pendant quinze ans, avant qu’il ne se décide à l’épouser, en dépit de l’opposition de sa famille, les cantatrices traînant souvent une mauvaise réputation. C’est pour cela que dans un premier temps elle fut opposée à ce que Verdi écrive un opéra à partir de La dame aux camélias d’Alexandre Dumas qu’elle trouvait trop proche de sa vie. Elle s’y résigna en se disant, qu’à la différence de Violetta, elle était une cantatrice et parce que le camélia devint une violette dans le livret de l’opéra !

La mise en scène de Raymond Acquaviva place le génie que fut Verdi sous le signe du théâtre et de la musique. Des projections sur un rideau ajouré montrent les lieux qui ont vu passer le compositeur, une église, une loge d’artiste, la salle de la Scala, la campagne près de son village de la région de Parme, Busseto, autour duquel il acheta plusieurs demeures.

Au côté de Raymond Acquaviva qui avec sa barbe campe un Verdi tout à fait convaincant, Noémie Bianco interprète une Giuseppina pleine de flamme et Guillaume Petit, l’élève de Verdi, jaloux de Giuseppina. Pierre-Olivier Scotto incarne une sorte de maître de cérémonie présidant aux changements de décors mais aussi toute une série de personnages secondaires parfois très drôles comme le garçon de café insolent.

C’est rythmé et la narration laisse toute sa place à la musique, avec par exemple l’évocation du triomphe du chœur des Hébreux (des esclaves) de Nabucco, repris par la salle lors de la création, et qui devint une sorte d’hymne pour l’indépendance de l’Italie. Surtout la mise en scène fait place aux côtés des comédiens et comédiennes à une jeune soprano Parveen Savart (en alternance avec Emmanuelle Jakubek) qui, accompagnée par le pianiste Quentin Morant, chante quelques-uns des chefs d’œuvre de Verdi le dernier air d’Abigaille dans Nabucco, le bouleversant addio del pasato de La Traviata, l’air d’Elizabeth dans Don Carlo et la prière de Desdémone dans Otello.

Bien écrit, bien mis en scène et bien joué, une jolie occasion d’entendre Verdi et de découvrir l’homme derrière le génie.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 6 décembre au Théâtre Hébertot, 78bis Bd des Batignolles, 75017 Paris – les mercredis et jeudis à 19h, les dimanches à 17h30 – Réservations : 01 43 87 23 23 ou theatrehebertot.com

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu