Bryan s’énerve dans les embouteillages et est prêt au clash dans une altercation à la pompe à essence. Sa femme enceinte, à ses côtés, parvient à le calmer mais il s’angoisse de sa violence, dont il perçoit le terreau dans son enfance. Les visites chez le psy ne suffisant pas, il part interroger sa mère sur les violences conjugales qu’elle a subies et auxquelles il a assisté, en compagnie de ses sœurs aînées, entre sa naissance et ses trois ans. Sa mère pense qu’il était trop petit pour se souvenir. Il a certes beaucoup oublié, mais il a trop peur de reproduire cette violence et part interroger ses sœurs, son père, les archives, les dossiers de police, ses rêves. Entre sa mère qui dit « c’était le prix à payer pour dire non », son père qui parle de « pichenette » alors qu’il a fracassé le nez puis la main de sa femme et avance « qu’elle avait les os fragiles » et les petites contradictions dans les témoignages, Bryan crie son angoisse sur la transmission de cette violence et cherche comment s’en libérer.
Bryan Polach a écrit avec Karine Sahler le récit de cette quête. Il joue, sobrement mis en scène par Karine Sahler. cet homme qui s’interroge sur son passé familial, ce père violent et la question d’une transmission de cette violence. Seul en scène il joue tous les personnages, doux sourire et voix apaisante il est sa femme enceinte, voix calme et lasse il est sa mère qui a tant répété son histoire, dans la négation et l’impossibilité de se changer, il est ce père, que sa mère a dégagé de la vie de Bryan en le faisant adopter par son beau-père. Excédé et bouillonnant de colère il est Bryan et quand il ne s’en sort plus, que les mots ne suffisent plus, son corps prend le relais et se déchaîne dans la danse. Il est impressionnant de sincérité dans le portrait de cet homme qui veut s’accomplir pleinement en acceptant ses peurs, ses fragilités et son impuissance. Il passe de la colère aux larmes, cherchant comment se libérer de cette violence qui a été déposée en lui.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 11 octobre au Théâtre de La Reine Blanche, 2bis passage Ruelle, 75018 Paris – mercredi 23 et vendredi 25 septembre à 20h, dimanche 27 à 16h, mercredi 30 septembre, vendredi 2 et mercredi 7 octobre à 21h, dimanches 4 et 11 octobre à 18h – Réservations : 01 40 05 06 96 ou www.reineblanche.com
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