Anne Leterrier a été confiée à ses parents adoptifs alors qu’elle avait trois mois. Ils l’ont appelée Anne et ne lui ont pas caché cette adoption. Dans l’enfance on lui a parfois fait des remarques sur son teint trop mat, mais cela ne lui posait pas de problème. Devenue adulte, comme de nombreux enfants adoptés, elle a voulu retrouver sa mère biologique, savoir pourquoi elle avait été abandonnée. Cela ne signifiait pas qu’elle en voulait à ses parents adoptifs ou qu’elle ne verrait plus sa grand-mère comme celle-ci l’avait craint un instant. Elle voulait juste reconstituer le maillon manquant, les neuf mois dans le ventre de sa génitrice et les trois mois où d’autres bras l’avaient bercée et nourrie. Cette génitrice, elle la retrouvera. Elle s’appelle Kadija.

Anne Leterrier observe son public et s’apprête à lui raconter une histoire, la sienne. Avec beaucoup d’humour et de drôlerie, changeant un peu le timbre de sa voix, elle va jouer tous les personnages. Elle est la mère adoptive qui raconte son envie d’enfant, les galères de l’insémination qui échouent pendant huit ans, l’émerveillement devant cette petite-fille qu’on leur confie. Elle redevient Anne qui part dans sa grande quête. Tandis qu’elle est censée attendre une réponse du CNAOP, le conseil national pour l’accès aux origines personnelles, elle offre du thé à la menthe au public. De coup de téléphone en lettres échangées, qu’elle fait lire par des spectateurs, elle apprend le secret de sa naissance. Elle devient sa mère biologique, Kadija, volontaire et parlant haut. Dès la première rencontre, les choses ne se passent pas comme elle les avait imaginées. Après quelque temps les visites s’espacent, trop de différences de culture et de choix de vie les séparent. On n’efface pas les années de séparation, il y a une sorte de constat sans amertume et la consolation de la musique qu’Anne Leterrier a écrite et chante.

Un spectacle délicat où l’on entre avec discrétion dans l’intimité de l’autre et où beaucoup de choses sont dites sans insistance avec une sorte de sagesse pleine d’humanité.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 29 avril à La Reine Blanche, 2 bis Passage Ruelle, 75018 Paris – les mardis et mercredis à 21h – Réservations : 01 40 05 06 96 ou reservation@scenesblanches.com – Tournée en construction : le 10 décembre 2026 La Camilienne avec Enfance Famille et adoption Paris 12è – le spectacle peut aussi se jouer en appartement

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