Comme nous l’avions annoncé, la direction du Théâtre de Sartrouville (CDN des Yvelines) a été confiée à Abdelwaheb Sefsaf en 2023[1] dont nous avions déjà salué plusieurs créations alors qu’il était à St-Etienne puis en résidence à Lyon et en tournées. Il a contribué à une magistrale saison 2023/2024 à Sartrouville, qui prend encore plus d’ampleur en 2024/2025, tant dans les dimensions musicales, la promotion de nouveaux talents, la dimension internationale de créations multi artistiques [2]… que dans l’attention à tous les publics, en particulier de la population locale… La programmation 2024-2025, donne aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir la belle création théâtrale et musicale qu’Abdel et sa compagnie[3] avaient présentée au Festival d’Avignon en 2022.

Ulysse de Taourirt est le deuxième volet d’un diptyque débuté en 2017 autour du rêve impossible du ‘’retour au pays d’origine’’ de familles issues de travailleurs maghrébins venus contribuer à la reconstruction et au développement dans les années 50-60, et de l’impact sur leurs enfants nés en France de l’affirmation répétée qu’ils n’étaient que ‘’de passage’’[4]. L’écriture de Si loin, si proche[5] évoquait la figure de la mère et le regard d’enfant sur la tentative de retour en Algérie dans les années 70 à l’occasion du mariage du fils aîné.
Avec autant d’émotion, de poésie que d’humour, pour une part autobiographique, croisant petite et grande histoire, le deuxième volet de cette épopée est centré sur l’image du père, vécu par l’auteur comme un héros antique, un Ulysse de Kabylie, à travers les multiples épreuves surmontées, de la famine et du typhus ayant exterminé son village et sa famille, de son retour des enfers après avoir été enseveli pendant une semaine dans la mine de charbon où il était venu travailler en France en 1948 , de sa contribution au combat contre la guerre coloniale… Un retour opportun sur le passé, sans passéisme mais utile pour détricoter les idées fausses au moment où la haine des migrants est entretenue par l’extrême droite et une partie de ceux qu’elle influence.

Cette création, bénéficiant de multiples coopérations talentueuses artistiques, dramaturgiques, scénographiques et musicales[6], s’inscrit dans une lignée, débutant en 2014, de récits-concerts[7] associant diversité instrumentale et styles musicaux transportant au-delà des souvenirs et des frontières, comme pour nous relier malgré nos différences.
Philippe Laville

Théâtre de Sartrouville – Centre Dramatique National
Place Jacques Brel 78500 Sartrouville  www.theatre-sartrouville.com

Billetterie 01 30 86 77 79Réservation indispensable en ligne ou sur place :
Tarif réduit pour professionnel-le-s de l’Education nationale


[1] https://cultures.blog.snes.edu/publications-editions-culture/culture/actualite-theatrale/du-nouveau-dans-les-yvelines/

[2] Ainsi de l’accueil de FIQ ! (Réveille-toi), pendant 2 jours au début de ce mois, associant acrobaties, danses urbaines, expressions circassiennes, vocales et musicales… dans une dynamique collective de très grande qualité, empreinte d’humour, porteuse de sens en incitant aussi à la réflexion par de multiples clin d’œil pour la défense et la promotion des libertés dans le monde.

[3] www.cienomadeinfrance.net

[4] Dans un entretien recueilli à Avignon en 2022, Abdel Sefsaf nous déclarait : ‘’ Mes parents, comme tant d’autres, avaient oublié qu’en ayant des enfants en France, c’était autant de racines qui les attachaient à cette terre et qui faisaient plus tard que ce retour était totalement impossible. Et même pour ceux qui n’étaient pas nés en France, le retour du migrant est souvent resté un rêve, un projet planifié en oubliant que la planification ce n’est pas la vie, qui n’est faite que de rencontres, d’attaches, d’accidents de parcours qui en constituent aussi la richesse…’’

[5] Les deux créations sont complémentaires mais suffisamment spécifiques pour être découvertes séparément.

[6] Avec Georges Baux, particulièrement connu pour son travail avec Bernard Lavilliers (‘’Les mains d’or’’ notamment), associé dans le groupe Aligator avec Nestor Kea et Abdel Sefsaf. Abdel est aussi un grand musicien, compositeur et interprète, ‘’Coup de cœur de la chanson française’’ de l’académie Charles Cros en 2004 avec le groupe Dézoriental à l’origine de 400 concerts et 2 albums, avant de fonder, en 2010, la Cie Nomade In France interrogeant la rencontre théâtre et musique au cœur des écritures contemporaines. Il faut aussi saluer l’inventivité scénographique de Souad Sefsaf (la compagne d’Abdel) et de Lina Djellalid.

[7] Dont ‘’Kaldûn’’, requiem pour un peuple invisible, est la plus récente création, en 2023, autour de l’histoire de la déportation simultanée vers la Nouvelle-Calédonie de révolutionnaires de la Commune (dont Louise Michel) et des premiers insurgés Kabyles contre la colonisation de l’Algérie… Il sera très heureusement repris à Satrouville les 30 et 31 janvier 2025. On pourra notamment lire sur ce spectacle l’article publié en janvier 2024 en page 62 du n°204 de Droits & Libertés, écrit par Nathalie Tehio, élue présidente nationale de la LDH quelques mois plus tard lors du 92e Congrès de cette association, à Bordeaux où le célèbre sociologue Emile Durkheim anima la 1ère section locale de la LDH au moment de l’affaire Dreyfus.

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