Sur le plateau, trois cabines téléphoniques, une des années 1940, une typique des années 80 et une des années 2000 nous font voyager à travers le siècle. Dans une série d’allers et retours dans le temps, on passe de celle des années quarante, où Madeleine glisse des tickets de rationnement dans le bottin d’une cabine à l’Opéra et où elle rencontrera l’amour de sa vie, à celle des années 80, où Louis s’est installé à demeure, cachant son chômage, sa vie familiale qui part en vrille et sa solitude et enfin à celle des années 2000, où Léonore va accepter ses morts et donner la vie. C’est à travers le téléphone qu’ils se rencontrent et qu’ils convoquent leurs fantômes. Leur histoire apparaît comme un puzzle dont les morceaux s’ajustent peu à peu, s’inscrivant dans la grande histoire, les élections présidentielles (celle de François Mitterrand) mais aussi … la coupe du monde de foot de 1982.

Créée par la Compagnie F.O.U.I.C, installée en Bourgogne, la pièce de Jean-Christophe Dollé, mise en scène par lui et Clotilde Morgiève tourne avec succès en France, Belgique et Espagne depuis 2021 mais est seulement présentée pour la première fois à Paris cet automne au Théâtre Saint Georges. Elle nous parle avec humour et émotion, d’amour, de séparation, de mort, de blessures familiales et de résilience. Il y a de la tristesse dans cette saga, des disparitions que l’on n’arrive pas à accepter, de l’amour que l’on n’arrive pas à se dire, de la révolte contre les événements qui séparent ceux qui s’aiment, mais il y a aussi des moments très drôles avec ces grains de folie qui rendent le réel plus humain.

Dès l’entrée du théâtre une cabine téléphonique permet au spectateur de choisir un programme ! Sur le plateau trois cabines téléphoniques dans ou devant lesquelles tout se passe. Une perruque pour passer de la coiffure gominée des années 40 aux cheveux ébouriffés des années 2000, un tailleur années 40 laissant place à une tenue rock, une envolée de sacs plastique devenant robe de mariée, les quatre comédiens passent d’un des sept personnages à un autre avec rapidité et fluidité au gré des allers et retours de l’histoire. Chacun d’entre eux, à l’exception de Solenn Denis, qui incarne Léonore, est un des personnages des années 40 ou un des années 80 ou 2000. Jean-Claude Dollé est Léon et surtout un Louis très touchant en paumé continuant à s’inventer une vie rêvée au téléphone pour garder ses liens familiaux, y compris en promettant à son fils qu’il obtiendra du Ministre des billets pour le match France-Allemagne de 1982. Clotilde Morgiève est Madeleine cette amoureuse absolue des années de guerre, mais aussi Ella qui tente de sortir Louis de sa cabine téléphonique. Stéphane Aubry est le Henri de la guerre et Sam et le jeune magicien, très rock amoureux de Léonore dans les années 2000. Solenn Denis enfin est une formidable Léonore, écorchée vive, fantasque prête à toutes les folies, émouvante autant que drôle.

Plaisir du théâtre où l’on glisse des larmes du mélo au rire de la comédie.

Micheline Rousselet

À partir du 21 septembre2026 au Théâtre Saint-Georges, 51 rue Saint-Georges, 75009 Paris – le lundi à 20h, le mardi à 19h – Réservations : 01 48 78 63 47 ou caisse@theatre-saint-georges.com

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