Traversée charmante avec haltes exploratoires de la kyrielle d’humeurs d’une œuvre vécue !

Trois comédiennes et un pianiste se chargent de cette traversée dans la vie et l’œuvre de Tchekhov, avec quelques mots de russe, l’explication de ces noms russes à rallonge qui vous situent dans une lignée, quelques chansons et des phrases de l’écrivain. Elles racontent le jeune homme pauvre qui subit la faillite de son père, l’étudiant en médecine qui subvient à ses besoins et à ceux de ses frères, ses démarches dans les rédactions moscovites pour faire publier ses premiers écrits qu’il propose sous le pseudonyme d’Antocha Tchekhonté et son travail acharné pour écrire tout en poursuivant ses études. Très vite ses écrits lui rapporteront plus que ses visites de médecin, d’autant plus qu’il néglige de faire payer ses patients pauvres. On le suit à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Yalta. On rencontre l’éditeur Alexeï Souvorine, Lydia Mizinova, son amie comédienne qui lui inspira le personnage de la Mouette, Alexeï Tolstoï, le metteur en scène Constantin Stanislavski et enfin l’actrice Olga Knipper qu’il épousa.

Ce portrait en petites touches délicates de l’homme qui osa témoigner sur le bagne de Sakhaline, de l’humaniste qui créa des dispensaires et des écoles à Melikhovo où il avait sa datcha, de l’écrivain dont le théâtre explora les profondeurs de l’âme humaine et enfin de l’homme malade qui négligeait sa maladie et s’ennuyait à Yalta n’a pourtant rien d’un banal biopic. Foin du tragique et de la mélancolie de l’âme russe, le texte et la mise en scène d’Étienne Luneau (qui s’était déjà exercé à ce type d’exercice avec M.O.L.I.E.R.E) sont imprégnés de l’autodérision et de l’humour qui habitent toute l’œuvre de Tchekhov. C’est ainsi avec une ironie acide qu’il éclaire l’impuissance de la médecine que constate Tchekhov à son époque et si on répète souvent qu’on est heureux c’est pour tenter de s’en convaincre. Le ton est plutôt comique, comme un constat lucide de l’absurdité de la vie, et le portrait de Stanislavski est inénarrable. Dans la mise en scène d’Étienne Luneau enfin on n’oublie pas que l’on est au théâtre. Ainsi s’il y a bien sûr une troïka pour partir à Saint-Pétersbourg, point n’est besoin de la poser sur scène, il suffit de deux chaises, d’une porte que l’on fait ostensiblement semblant d’ouvrir vêtu d’un manteau, d’un bonnet et un manchon de fourrure et l’on se sent projeté dans le froid russe.

Les trois comédiennes, Odile Ernoult, Clémentine Lebocey et Elsa Robinne incarnent à tour de rôle Tchekhov et tous les personnages de sa vie, son père, ses frères, sa sœur, son éditeur, Stanislavski, ses amours ou sa femme, leur donnant les mots des personnages de ses pièces. La pièce court comme la vie de Tchekhov, que la mort a saisi à quarante-quatre ans, et c’est le pianiste (Joseph Robinne), jusque là muet, qui conclut avec les dernières phrases bouleversantes de Oncle Vania.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 30 avril au Lavoir Moderne Parisien, 35 rue Léon, 75018 Paris – à 21h et le dimanche à 17h – Réservations : 01 46 06 08 05 – du 7 au 29 juillet (les jours impairs) au Festival Off d’Avignon, Théâtre du Centre à 20h30 – du 28 septembre au 15 octobre au Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes – à 19h les jeudis, vendredis et samedis et à 14h les samedis et dimanches (relâche le 13 octobre)

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