Après avoir disséqué le combat d’un homme et d’une femme, qui se sont tant aimés, dans Clôture de l’amour, Pascal Rambert s’attache à la relation entre deux sœurs. Alors que leur mère vient de mourir, la cadette, Audrey, débarque à l’improviste sur le lieu de travail de sa sœur pour lui reprocher de ne pas l’avoir prévenue à temps. C’est le signal du départ d’un règlement de compte hystérique, où tout va y passer, les choix de vie et les engagements différents, un homme Régis qui a aimé une des deux sœurs avant d’épouser l’autre, les jugements supposés des parents qu’elles se renvoient perfidement. Tout semble les séparer et pourtant elles ont des moments de complicité, partageant les écouteurs d’un smartphone pour écouter la musique de leur adolescence, It’s a wonderful life ! Elles finissent par s’enlacer, comme si après cet orage de haine elles arrivaient enfin à s’aimer à nouveau.

Pascal Rambert écrit souvent pour des acteurs précis qui dans ses pièces portent leur prénom. Sœurs avait été écrit pour Marina Hands et Audrey Bonnet. Pour la recréation c’est Victoria Quesnel qui se trouve face à Audrey Bonnet. Les deux actrices ont une énergie folle qui rend le choc tout aussi brutal. Comme dans Clôture de l’amour Pascal Rambert porte à l’incandescence ces flots de jalousie, de rancœurs et d’amertume. Audrey Bonnet arpente la scène, dévide avec une précision presque clinique son mépris pour la vie de sa sœur, fait déferler avec une fausse froideur ses ressentiments tout en faisant parfois semblant de refuser d’écouter en plaçant ostensiblement les écouteurs de son smartphone sur ses oreilles, avant d’exploser avec violence en balançant les chaises que sa sœur tente d’installer pour une conférence pour laquelle Audrey n’a que mépris. Victoria, moins hystérique, rongée par la jalousie et blessée par les attaques de sa sœur, se calme en rangeant les chaises mais finit par lui balancer son égoïsme et son manque d’empathie alors qu’elle-même s’occupe de l’accueil de migrants. Et là c’est elle qui touche juste.

Les deux sœurs savent cogner là où cela fait mal. Après les flots de haine, l’amour est-il encore possible ?

Micheline Rousselet

Jusqu’au 17 juin au Théâtre de l’Atelier, 1 Place Charles Dullin, 75018 Paris – les mardis et mercredis à 19h – Jusqu’au 14 juin Clôture de l’amour les samedis et dimanche à 18h – Réservations : 01 46 06 49 24 ou billetterie@theatre-atelier.com

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