
Brigitte Bladou fait revivre Simone de Beauvoir, de la petite fille que ses compagnes de classe appelaient « Mademoiselle je sais tout » et dont son père disait « Simone a le cerveau d’un homme », ce que Sartre plus tard corrigera en « Simone a le cerveau d’un homme et la sensibilité d’une femme », à la femme mûre. Adolescente elle affirme son indépendance, renie son origine petite bourgeoise, aime transgresser et, en préparant l’agrégation de philosophie, rencontre Sartre mais aussi Paul Nizan et Maheu qui lui donnera le surnom de Castor que Sartre utilisera souvent. Elle est reçue seconde à l’agrégation derrière Sartre mais elle abandonnera rapidement l’enseignement ou plutôt, c’est lui qui l’abandonnera, l’accusant de pervertir la jeunesse ! Entre Sartre, au charme duquel elle succombe en dépit de sa laideur, et elle s’instaure une sorte de pacte. A côté des amours nécessaires, le leur, il y aura les amours contingentes, telle Olga qu’elle partagera ainsi que d’autres avec Sartre, ou Nelson Algren qui n’a pas compris que sa vie et son œuvre ne pouvaient coïncider avec la vie d’épouse à Chicago dont il rêvait pour elle. La littérature est son monde, les romans à succès puis Le deuxième sexe, dont le retentissement énorme lui occasionne bien des insultes auxquelles elle répond par un bras d’honneur. Longtemps peu engagée en politique, ce n’est que tardivement qu’elle militera pour l’indépendance algérienne, qu’elle signera le manifeste en faveur de l’avortement et surtout participera aux luttes féministes.
La mise en scène de François Bourcier se met au service de cette biographie. Une table de bistro devant laquelle elle s’assied pour corriger ses copies, boire un verre avec ses amis et surtout écrire ses romans et ses essais. Des musiques signent le passage du temps de Domino, aux ragtimes de la Libération, de Boris Vian au Jolie môme de Juliette Gréco.
Seule en scène, coiffée d’un béret ou de divers turbans, tels ceux que l’écrivaine a rendus célèbres, Brigitte Bladou incarne Simone de Beauvoir avec son esprit aiguisé, sa flamme et ses mots. Un bel hommage à celle qui porta très haut la parole des femmes et leur volonté de libération. Comme le dit l’actrice « Il est temps de redonner aux femmes le goût de conquérir le monde plutôt que de s’en protéger, de refuser tout destin obligé, d’apprendre à dire non ».
Micheline Rousselet
Jusqu’au 31 mars au Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris – le mardi 4 mars à 21h, le lundi 31 mars à 21h, le samedi 29 mars à 16h30 – Réservations : 01 42 93 13 04 ou www.studiohebertot.com
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