Dans sa série Huit Rois (nos présidents), après les épisodes sur Jacques Chirac, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, Léo Cohen-Paperman s’attache cette fois aux deux présidents de la période 2007 à 2017. Il a rassemblé ces deux présidents et ces deux quinquennats en raison de points communs qu’il relève. Tous deux ont, volontairement ou inconsciemment, désacralisé la fonction présidentielle avec par exemple le « casse-toi pauv’con » de l’un ou l’escapade en scooter pour chercher des croissants pour sa nouvelle conquête de l’autre. Tous deux ont délégitimé leur autorité à coup de promesses non tenues, apparues très vite après leur élection, ce qui les a conduits à ne pouvoir faire qu’un seul mandat. Enfin tous deux ont été confrontés aux tragédies des attentats suivis de réponses politiques autour de l’identité nationale.

On va traverser les moments clés des deux quinquennats, la séquence du kärcher et de la « racaille » à Argenteuil, la campagne identitaire, la crise économique, l’abandon de Cécilia juste après son élection et sa rencontre avec Carla Bruni pour le premier, et pour le second, la déclaration vite oubliée « Mon adversaire c’est le monde de la finance », le chômage qui ne baisse pas, la relation avec Angela Merkel et surtout la longue série des attentats.

Même si l’effet de surprise est moins grand que pour les trois premiers épisodes de la série, on retrouve le ton ironique, satirique et caustique que l’on avait aimé précédemment. Devant un rideau bleu nuit scintillant où s’affiche Comedy club, apparaît en costume Clovis Fouin. Il incarne Nicolas Sarkozy avec ses tics nerveux, mouvements saccadés de la tête et des épaules, sa scansion si particulière, sa façon d’interpeller les électeurs et de saisir leurs mains, son discours populiste « je vous parle des problèmes du quotidien pas de La Princesse de Clèves ». Comme le faisait Nicolas Sarkozy, le comédien joue avec le public, l’interpelle, appelle sur scène un spectateur ou un autre. Il attaque un peu le public, a priori de gauche et forcément lecteur assidu de Mediapart, nie bien sûr tout financement de sa campagne par Khadafi mais se constate battu et laisse la place à François Hollande, qu’incarne en clown sympathique et de façon assez géniale Valentin Boraud. Maladroit au possible avec un bureau en déséquilibre que vont venir rééquilibrer deux spectateurs (des comédiens en fait), il s’efforce de résister téléphone rouge en main aux cris d’Angela Merkel, court partout, gentil, mais totalement inefficace, jusqu’à ce que la tragédie le rattrape avec la longue liste des morts des attentats récitée en voix off.

Restait à aller au-delà de la satire personnelle et à s’interroger sur cette période et sur la question identitaire qui a envahi l’espace social après les attentats. Ce sera le rôle de Ada Harb, qui interprétait Leïla, que l’on croyait jusqu’alors simple spectatrice, et qui va apparaître comme une représentante du peuple. Installée sur un piédestal, elle raconte à toute vitesse sa trajectoire sociale de fille d’immigré et conclut en expliquant qu’ « elle ne s’est pas sentie Charlie ». Avec ce final, on quitte la satire, le rire se calme et on sort de la salle la tête pleine de questionnements sur notre capacité à vivre ensemble.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 20 juin au Théâtre 13/ Bibliothèque, 30 rue du Chevaleret, 75013 Paris – du lundi au vendredi à 20h, le samedi à 18h – du 4 au 23 juillet dans le Festival OFF d’Avignon au Théâtre du Train Bleu à 10h – du 20 septembre au 15 novembre certains dimanches puis les 6 décembre, 17 et 31 janvier au théâtre de la Pépinière, le 25 novembre à la MJC Calonne de Sedan, le 3 décembre à la Halle aux Grains à Blois, le 15 décembre au Théâtre du Cormier à Cormeilles-en-Parisis, d’autres dates en 2027

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