Mario Borges du Bluff théâtre et Carol Cassistat du Théâtre du Gros Mecano venus du Québec ont pour mission de créer, de soutenir et de diffuser des spectacles destinés au jeune public. Ils ont mis en scène le très beau texte d’Isabelle Hubert programmé au théâtre Paris-Villette Rose qui aborde la question de la détresse psychologique chez les adolescents. Rose est le prénom choisi en référence au Petit Prince de St Exupery de cette femme adulte (excellente Eva Daigle) aujourd’hui épanouie qui vient en consultation chez un psychologue (formidable Pierre-Yves Charbonneau) auprès duquel elle vient chercher de l’aide pour son fils de 15 ans à l’adolescence compliquée.
Cette rencontre avec le thérapeute fait ressurgir en elle cette boule au ventre qu’elle a pourtant appris à apprivoiser et qui avait envahi tout son espace vital d’adolescente et dont elle a peur que son fils ait hérité. Très vite surgit dans cet échange entre adultes la présence du double de Rose adolescente qui fait remonter en elle tout ce mal être et ses colères et qui la guide dans ses souvenirs jusqu’à ce moment de bascule où l’avant scène laisse place au second plan incliné qui met en lumière le passé de Rose adolescente. Elle fera la rencontre déterminante et salvatrice de Victor (très belle interprétation de Felix Lahaye), ado fantasque atteint de la maladie de la lune. Et c’est une très belle manière de dire qu’il faut écouter la souffrance psychologique des adolescents pour leur venir en aide. Rose nous apparaît en adolescente (superbe prestation de Célia Gouin -Arsenault) rongée par une boule au ventre de plus en plus envahissante et enfermée dans un vortex rongeur (belle et judicieuse mise en espace et en lumière de cet espace mortifère) qui la maintient recluse dans sa chambre à l’abri du monde extérieur hostile. Puis arrive Victor qui est atteint de cette maladie incurable qui l’oblige à fuir la lumière diurne et le condamne à sortir la nuit. Lui aimerait bien jouir pleinement de la vie plutôt que de passer son temps enfermé à imaginer la vie des fonctionnaires, gens dits normaux qui travaillent dans une tour proche de chez lui. Et c’est au cours de ces sorties nocturnes que les deux êtres fragiles vont se lier d’amitié les aidant ainsi à remonter la pente dans tous les sens du terme pour affronter le lumière et prendre de la hauteur par rapport à la pression de ce monde anxiogène.
C’est très bien vu et l’écriture irréprochable ciselée et pleine de rythme du texte est accompagnée d’une mise en scène qui donne à l’ensemble une force extraordinaire. Dans cette ambiance sombre, l’accent québecois et les répliques humoristiques désamorcent adroitement cette atmosphère pesante dans ces échanges à quatre voix grâce une mise en scène à quatre mains qui sert brillamment ce texte remarquable.
Il faut absolument emmener adultes et adolescents à ce très beau spectacle qui nous embarquent très intelligemment dans cette sphère du mal être des adolescent parfois très compliqué à gérer et qui nous invite à l’entendre et à l’écouter pour mieux le cerner.
Frédérique Moujart
Jusqu’au 7 février à 19h, Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris 19ème – Réservations : 01 40 03 72 38 ou resa@theatre-paris-villette.fr – les 10 et 11 février, Lille-Grand bleu – Tournée européenne 2026-2027 en configuration
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