Il ne s’agit pas ici d’Olympe de Gouges, que tous connaissent mais d’Olympe Audouard. Née en 1832, première journaliste française, elle fonda un journal Le papillon, qui abordait toutes les faces de la culture de l’époque. Elle traversa un XIXème siècle plein de bruit et de fureur avec l’avènement du Second Empire puis sa chute, la guerre contre la Prusse et la Commune de Paris. Elle aimait les voyages, l’aventure et s’intéressa même au spiritisme. Elle sut conquérir son indépendance, obtenant des juges la séparation de corps d’avec son mari, dont elle dit « il a préféré le métier de Don Juan à ses devoirs d’époux et de père » et la garde de leur fils, ce qui était inhabituel à l’époque.

Libre et indépendante, elle avait la langue bien pendue ce qui lui valut des inimitiés farouches comme celle de Barbey d’Aurevilly ou du Baron Haussmann. Elle réclama le droit à l’instruction pour les femmes et, face au Baron Haussmann, déclara que s’il l’empêchait d’écrire dans son journal elle irait parler devant l’Assemblée Nationale. Elle aimait voyager, partit en Égypte, y rencontra l’Émir Abd El Kader et se lia avec lui. Des Mémoires elle dit « on y parle peu de soi, beaucoup des autres », ce qu’elle fit. Elle a effectivement rencontré nombre de personnalités de son époque, celles qui fréquentaient la Cour de Napoléon III, mais aussi les grands écrivains d’une époque qui en compta tant, Théophile Gautier, qui écrivit pour Le papillon, mais aussi Alexandre Dumas et Victor Hugo.

Militante elle parle avec émotion des difficultés du peuple qu’accablent le froid et la faim pendant le siège de Paris. Drôle elle propose une catégorisation des hommes, en réponse à celle que n’hésitent pas à faire les hommes pour les femmes, et y distingue les hommes alouettes, bons à croquer mais volages et trompeurs, les hommes crapauds laids et toujours prêts à dire tout le mal possible de ceux qu’ils commencent par déclarer apprécier et surtout les hommes qui se vendent, « plume, opinion, tout y passe ».

François de Mazières a écrit cette pièce en s’inspirant des Mémoires d’Olympe Audouard, faisant alterner monologues et scènes tirés de ses écrits, à travers lesquels ressort le portrait d’une femme déterminée, patriote et républicaine, à l’esprit libre, drôle et même mystique à l’occasion.

Martin Loizillon assure l’adaptation et la mise en scène. La scénographie d’Alexandre Camerlo évoque une « casse d’imprimeur » avec ses tiroirs. Nicolas Rigas assure tous les rôles masculins, père, Théophile Gautier en train de peindre, Émir Abd el Kader dans une tempête de sable, Baron Haussmann altier ou juge dont le bonnet dépasse de la casse d’imprimerie.Il chante aussi Le temps des cerises lorsqu’il s’agit de la Commune. Gwenaël Ravaux porte l’enthousiasme, l’ironie, la détermination, la passion de la liberté de cette Olympe moderne et féministe si attachante. Une jolie découverte.

Micheline Rousselet

Spectacle vu au Mois Molière à Versailles le 31 mai – il sera joué à nouveau le 26 juin à 20h45 aux Grandes Écuries – du 4 au 25 juillet dans le Off d’Avignon au Petit Louvre à 11h40, relâche le jeudi – Réservations : 04 32 76 02 79


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