Dans L’éducation sentimentale, Flaubert faisait le portrait d’un jeune homme Frédéric qui arrivait à Paris prêt à se lancer à la conquête de la capitale. À la recherche d’une position sociale enviable, de l’amour d’une femme déjà prise, il vole d’amitiés en amitiés, de liaisons en liaisons, rêve et passe à côté de la vie et de l’amour. S’inspirant très librement du roman de Gustave Flaubert, Sophie Lecarpentier a souhaité dresser le portrait d’une jeunesse d’aujourd’hui, tentée par une carrière valorisante dans l’art ou dans la politique, qui attend et commente au lieu d’agir et se retrouve, aux abords de la cinquantaine, comme le personnage de Flaubert, sans illusions et avec l’impression d’être passée à côté de sa vie.

Théâtre : Nos éducations sentimentales
Théâtre : Nos éducations sentimentales

Ce n’est pas une adaptation de L’éducation sentimentale qu’a voulu faire Sophie Lecarpentier, mais un support de l’imaginaire pour la troupe. Le pari s’avère risqué car le roman de Flaubert est fortement ancré dans la société du dix-neuvième siècle et le choix de Sophie Lecarpentier de faire du héros Frédéric un rentier paraît assez décalé. Reste que l’on s’attache au portrait de ce jeune homme d’aujourd’hui et de sa bande d’amis. Comme le Frédéric du roman il est fidèle aux amitiés anciennes, mais beaucoup plus fluctuant dans ses amours, à l’image des héros de la Nouvelle vague, surtout Jules et Jim , qui ont également inspiré l’auteure-metteure en scène. Il aime, puis n’aime plus, imagine un nouvel amour avant de se retrouver foudroyé par celle qui fut son premier amour. Les engagements politiques sont enterrés et ne restent que les questions personnelles, l’amitié, l’amour, l’argent.

Une voix off dit les mots de Flaubert et nous emporte dans son univers romanesque, tandis que sur scène on croque des moments de vie : Frédéric dans sa chambre d’étudiant rejoint par son ami Deslauriers, Frédéric cherchant à s’introduire dans le milieu du marchand d’art Arnoux, époux de Marie dont Frédéric est éperdument amoureux, ou dans celui du riche banquier Dambreuse. On assiste à des fêtes, à des discussions, à des disputes, à des renoncements, à des fous-rires. On est aussi dans le monde d’aujourd’hui : on va à la piscine, on fait de la relaxation, on emménage, on voyage « pour des projets pluridisciplinaires », on s’occupe d’immigrés ou plutôt on les photographie pour une exposition ! Le rythme est rapide, la scénographie légère laisse toute sa place à l’imaginaire. et la chanson de Jules et Jim Le tourbillon trouve toute sa place ici : « on s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu d’vue, on s’est retrouvé, puis on s’est séparé…Chacun est reparti dans l’tourbillon d’la vie ».

On se doit de saluer le travail de la Compagnie Eulalie qui accompagne Sophie Lecarpentier depuis vingt ans. Les jeunes acteurs réussissent avec brio ce portrait d’une jeunesse qui se perd dans la superficialité d’une société matérialiste, se contente de rêves médiocres et narcissiques et se retrouve avec une impression de vide et de gâchis à l’heure des bilans.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h

Théâtre 13 / Jardin

103A Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22


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