Wang Jing est arrivée de Chine en 2008 après la mort de sa mère. Elle venait attirée par la langue française, sa richesse culturelle, sa devise Liberté, Égalité, Fraternité et le désir de faire du théâtre. Près de vingt ans plus tard, elle est toujours là, s’est mariée et a un enfant. Elle travaille entre la France et la Chine dans le domaine du spectacle vivant, du théâtre en particulier. Elle a ainsi traduit Wajdi Mouawad en chinois, programmé et diffusé en Chine ses spectacles ainsi que ceux, entre autres, de Joël Pommerat ou de Jean Bellorini et elle fait venir des artistes chinois en France.
Elle est partie de son histoire et fait entendre les voix de trois femmes, une Chinoise, une Malienne et une Iranienne. La Malienne réside en France depuis deux ans, est sans papier, vit dans un petit studio de douze mètres carrés avec son compagnon où elle se cache de peur d’être arrêtée. Elle est danseuse et fait des rêves récurrents où apparaît un visage de femme entre ses jambes, celui de sa mère morte quand elle avait trois ans. L’Iranienne, opposante à l’Ayatollah Khomeini, s’est enfuie en France, protégée par sa mère. Celle-ci mariée très jeune a eu sept enfants et passe désormais son temps au téléphone à parler à ses enfants dispersés aux quatre coins du monde. La fille a réussi à faire venir sa mère en France pour la soigner mais découvre qu’elle perd peu à peu la mémoire.
Soucieuse de célébrer la richesse des différentes cultures et de susciter des échanges entre elles, Wang Jing s’intéresse à l’origine, à l’identité culturelle de ces femmes et a souhaité mettre en rapport leur histoire avec celle de leurs mères. Leurs récits s’entrecroisent et se reflètent comme dans un jeu de miroir.
Les trois comédiennes, Bao Yelu, Tishou Aminata Kane et Alice Kudlak, assises de face, de dos, de profil se lèvent pour raconter leur histoire et parler de leur mère. Des anecdotes, une recette des raviolis chinois, les difficultés de la langue française se succèdent. On passe de moments graves à des moments drôles. La danse (chorégraphie de Aya Tong Chu Rat) relaie le texte, la parole s’entremêle avec le langage des corps, tandis qu’un musicien Uriel Barthélemy crée sur la scène, à l’aide de diverses percussions et de textures électroniques, un univers sonore qui apporte des couleurs et donne de la vie aux idées évoquées par les trois comédiennes.
Un spectacle généreux qui, par les échanges entre différentes communautés et générations qu’il suscite, peut créer du lien à un moment de notre histoire où nous en avons grand besoin.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 28 mars au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris – du mardi au vendredi à 19h30, le samedi à 18h – Réservations : 01 56 08 33 88 – Tournée : 12 avril Friche de la Belle de Mai à Marseille, du 28 au 30 avril au Théâtre du Nord à Lille, du 27 au 29 mai au Théâtre de Dijon, les 12 et 13 juin à l’Anis Gras à Arcueil (94), en juin à Grigny, le 27 novembre au Centre d’art et de culture de Meudon (92)
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