Comment échapper à la médiocrité du quotidien d’une famille complètement déjantée ? Geneviève a décidé, elle est Barbara. Il faut dire qu’avec un père parti sans rien dire, une sœur qui se scarifie dès qu’on la quitte des yeux, un frère mutique et une mère qui passe son temps à cuisiner et tente, sans guère y parvenir à faire preuve d’autorité pour recadrer sa famille, on comprend qu’elle ait cherché sa façon de fuir le désordre familial.

Sollicité par Pauline Chagne, tombée en amour pour Barbara depuis son adolescence, Pierre Notte n’écrit pas un biopic de Barbara, mais une « comédie féroce des dévastations familiales contemporaines » avec son cortège d’inhumanités, de mensonges, de traîtrises et d’hypocrisies. Les répliques sont drôles, acides, féroces. On rit et on est conscient des blessures que créent les « micro-cataclysmes des façons de dire au sein de la famille ». Le fils mutique ne prend la parole que pour corriger les fautes de français de sa mère. La mère s’échappe dans la cuisine ou la lessive pour tenter d’effacer les tâches de sang des vêtements de sa fille Marie toujours en train de se mutiler. Et puis il y a Geneviève qui se prend pour Barbara, brandit un poulet et un hachoir en disant que c’est l’aigle noir ou virevolte au retour du Franprix avec ses filets à provisions, remplis gratuitement dit-elle en échange d’autographes.

Mise en scène par Jean-Charles Mouveaux, Pauline Chagne est Geneviève, mais elle est surtout une réincarnation de la longue dame brune. Vêtue de noir, yeux de biche soulignés de noir ou cachés derrière de grandes lunettes de soleil, elle s’empare de la personne de Barbara, de son vestiaire – gilet à longs poils ou toque de fourrure -, de sa démarche sensuelle, de son air las qui laisse parfois place à un ton primesautier et de sa voix sophistiquée. On retrouve la longue dame brune avec ses excentricités, sa drôlerie, son côté flamboyant. Les verbatim qu’a utilisés Pierre Notte renvoient aussi l’image de la perfectionniste qu’elle était, dialoguant avec son habilleuse ou l’éclairagiste concentrée sur l’image qu’elle désirait donner à son public, le mystère qu’elle voulait entretenir. Pauline Chagne n’est pas que comédienne, elle est aussi chanteuse et quand sa voix s’élève pour chanter L’aigle noir, Mon enfance ou Dis quand reviendras-tu on croit entendre celle que nous avons tant aimée. À ses côtés Marie Nègre incarne la sœur, Marie, souvent cachée sous la table, les bras bandés puisqu’elle se charcute tout le temps, capable elle aussi de s’échapper en chantant une chanson que lui a écrite Pierre Notte, Jimmy Brégy, le frère quasi-mutique et surtout la mère toujours au bord de la crise de nerfs face à cette famille qui lui échappe (Flore Lefebvre des Noëttes en alternance avec Chantal Trichet). Et pourtant de ce qui ressemble parfois à un asile de fous monte à la fin, chanté par toute la famille, Ma plus belle histoire d’amour c’est vous. On ne sait plus alors qui admirer, l’auteur avec ses mots voltigeurs, drôles et parfois féroces ou Pauline Chagne une formidable Barbara, non pardon, Geneviève.

Un spectacle malin, drôle et émouvant, un bel hommage à Barbara.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 2 avril 2023 au Studio Hébertot, 78bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris – du jeudi au samedi à 21h, les dimanches à 15h, relâche le 25 décembre et le 1er janvier – Réservations : 01 42 93 13 04 ou www.studiohebertot.com

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