En 1800, Schiller écrit une tragédie historique centrée sur les derniers jours de Marie Stuart avant son exécution, se penchant sur le conflit pour la possession du trône qui l’oppose à sa lointaine cousine, la Reine d’Angleterre Elizabeth. Marie, que les catholiques considèrent comme une héritière légitime en tant que petite fille d’Henri VII, représente une menace pour la protestante Elizabeth, jugée par eux bâtarde car née de la liaison d’Henri VIII avec Anne Boleyn, alors que le pape avait refusé la dissolution du premier mariage du Roi avec Catherine d’Aragon. Schiller présente deux femmes plus complexes que celles que décrit la légende, avec une Marie, habituée à mener une vie de plaisir et à séduire, face à Elizabeth, plus austère que l’on nommera la Reine vierge. Schiller peint deux femmes qui se disputent le pouvoir et veulent être libres de leur choix dans une Angleterre divisée par la querelle religieuse. Marie s’est réfugiée en Angleterre, où Elizabeth la tient prisonnière depuis dix-neuf ans. Mais Marie ne plie pas et complote. Elizabeth aimerait s’en débarrasser mais hésite, répugnant à l’exécuter, un peu parce qu’elle est sa lointaine cousine, mais surtout pour éviter que son règne ne soit troublé par des révoltes liées à la colère des catholiques. Autour des deux femmes, des hommes, son gardien Paulet, un homme droit qui croit en la justice, le trésorier du royaume Burleigh qui pense qu’il faut se débarrasser de Marie pour le bien de l’Angleterre, le Garde des Sceaux Talbot, qui prône l’apaisement pour ne pas altérer l’image de la Reine, et enfin Leicester, ancien amant de Marie devenu le favori d’Elizabeth, qui change de bord en fonction des circonstances.

Ce duel de femmes ne pouvait qu’intéresser la metteuse en scène Chloé Dabert, dont on avait apprécié la mise en scène de Le Firmament, où un jury de femmes devait décider du sort d’une femme condamnée à mort. Comme toujours elle accorde une grande attention à la scénographie (Pierre Nouvel), aux éclairages (Sébastien Michaud) et aux costumes (Marie La Rocca). Sur le plateau une grande cage de verre, cellule de prison où Marie écrit. Quand la cage monte vers les cintres, la salle du trône apparaît comme un espace tout aussi clos pour une reine contrainte par les jeux de pouvoir. On en sortira pour un moment de grâce, où une toile peinte se déploie présentant une superbe forêt envahie de brumes légères. C’est là que Marie, libérée par Leicester qui espère qu’elle va déclarer humblement qu’elle renonce à comploter, va enfin pouvoir rencontrer la Reine. Mais la Reine se montre arrogante, attendant une reddition complète que Marie ne peut accepter. L’échec de la rencontre va sceller son sort. Les costumes renaissance, noir pour les hommes et Marie prisonnière, se parent de couleurs vives et d’or pour la Reine. Suivant l’esprit moqueur de Schiller à l’égard des Français, la metteuse en scène vêt de façon élégante et un peu féminine le Comte de l’Aubespine, ambassadeur du Roi de France, arrivant bouquet dans les bras auprès d’Elizabeth pour conclure un mariage royal, qui ne se fera pas. Quant à Marie, comme le racontent les livres d’histoire, elle partira à l’échafaud vêtue d’une robe écarlate.

Les deux comédiennes incarnant Elizabeth et Marie sont superbes, Océane Mozas en Elizabeth, froide, hésitante, torturée et Bénédicte Cerutti sa rivale plus sensuelle et entreprenante. Les comédiens incarnant les hommes, à l’exception de Makita Samba qui campe un Mortimer très romantique, sont plus falots et c’est dommage.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 29 janvier au Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis, 59 boulevard Jules Guesde, 93200 Saint-Denis – du lundi au vendredi à 19h30, samedi à 17h, dimanche à 15h, relâche le mardi – Réservations : 01 48 13 70 00 ou reservation@theatregerardphilipe.com – Tournée : du 3 au 7 février au Théâtre du Nord à Lille, du 11 au 13 février à la Comédie de Béthune, du 25 février au 4 mars au TNP de Villeurbanne, les 11 et 12 mars à la Comédie de Valence, du 24 au 27 mars au TNB de Rennes, les 1er et 2 avril à la Comédie de Caen, les 8 et 9 avril au Théâtre de Pau, du 14 au 17 avril au Théâtre de la Cité à Toulouse

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