Lorsque ses parents, tous deux comédiens, sont embauchés dans la troupe de Molière à Paris, Louison qui a dix ans le rencontre alors qu’elle imite un petit singe sous la table. Molière la trouve drôle et lui dit qu’elle aura sa place dans un de ses ballets burlesques. Cela lui ouvre la porte des rêves, mais sa mère, trop occupée par sa carrière et imbue de son talent, la trouve laide, ne s’occupe pas d’elle et se moque de ses espoirs. Son père est trop effacé pour résister à son autoritaire épouse. Reste sa gouvernante Frozine qui l’aime et la soutient. Molière se souviendra et écrira un rôle pour Louison dans Le malade imaginaire, mais après quelques représentations, il meurt. Le théâtre ferme, on la renvoie à sa condition de femme et on la marie. Mais elle ne se résigne pas et dix ans plus tard, après la mort de son époux, elle entre à la Comédie Française y rejoignant ses parents enfin convaincus de son talent.

Axelle Masliah séduite par le roman éponyme de Marie-Christine Helgerson, l’adapte et le met brillamment en scène, aidée par la scénographie inventive d’Antoine Milian qui permet aux personnages de passer rapidement d’un espace à un autre. Le clavecin devient table ou calèche. Louison se glisse dessous, saute dessus avec la souplesse d’un petit singe, chaque recoin trouve son utilité, un lit clos se cache sous l’estrade. Un empilement de cadres et de tableaux peut être le grenier, espace de la mère interdit à Louison, ou devient fenêtre par où les personnages peuvent gagner l’espace central.

Cinq comédiens et comédiennes interprètent la quinzaine de personnages. Louise Rebillaud est Jeanne Duval, autoritaire, égocentrique, centrée sur sa carrière, ne prêtant que peu d’attention à cette petite fille qui l’encombre, Damien Jouillerot incarne son époux effacé, comédien de second rang, et Valérie de Monza la gouvernante de Louison. Emmanuel Lemire passe du personnage de Sœur Séraphine, scandalisée par la découverte de la profession des parents de la petite Louison, à un Molière paternel qui fait de Louison, pour un temps hélas trop court, la remplaçante de son fils mort trop jeune pour pouvoir lui succéder. Axelle Masliah incarne nombre d’autres personnages, dont un Lully au costume extravagant et chante une chanson qui revient tout au long du spectacle. Et puis il y a surtout Marjorie Dubus formidable Louison, sautant et se faufilant partout avec vivacité, spontanée, pleine de désirs et d’amour pour sa mère qui ne l’écoute pas et pour Molière qui lui ouvre la porte de la carrière dont elle rêve.

Un spectacle tout public au siècle de Molière, l’histoire d’une enfant déterminée qui veut et réussira à être actrice, avec de la musique, une mise en scène inventive et des acteurs convaincants. Courez les voir !

Micheline Rousselet

Spectacle vu au Mois Molière à Versailles le 30 mai – du 4 au 25 juillet au Petit Louvre, festival Off d’Avignon à 11h55

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu