Suzanne Lebeau, autrice québécoise de littérature pour enfants, a écrit l’Ogrelet en 2003, œuvre traduite en plusieurs langues qui a connu un grand succès et a même été sélectionnée comme œuvre de référence en 2013 par l’Éducation nationale pour les collégiens de 6ème. Christophe Laparra, qui joue aussi l’Ogrelet, s’est emparé de ce très beau texte non dénué de poésie pour le mettre en scène et revisiter avec humour et une grande pertinence le thème de l’ogre.
Le petit ogrelet a six ans. Il est le fils d’un ogre et d’une humaine qui le couve et l’a élevé dans une maison perdue dans une forêt pour lui éviter de rencontrer le rouge, la chair, le sang. Il va rentrer à l’école mais comment va-t-il pouvoir vivre avec les autres enfants sans que son ogreté (terme créé par l’autrice pour dire le désir maladif et irrépressible de dévorer la chair crue d’enfants) les mette en danger. Mais comme le dit le metteur en scène, « dans l’héritage, on n’est pas obligé de tout prendre ». Contre l’avis de sa mère qui veut le garder loin du monde et près d’elle, il décide de passer trois épreuves très difficiles pour se libérer de son ogreté et devenir un être humain comme ses petits camarades.
Avec une scénographie mobile très inventive conçue avec de vieilles caisses en bois qui peuvent s’assembler et qui sont montées sur roulettes, le metteur en scène nous transporte dans différents lieux : la maison, écrin protecteur avec une faible luminosité, un éclairage à la chandelle ; l’extérieur, la forêt sauvage et inquiétante avec le vent qui souffle, les cris des animaux et les coups de feu des chasseurs. Projetés sur le mur du fond, des dessins animés en noir et blanc, sonores mais muets, nous donnent à voir ce qui se passe en dehors de la maison. La musique de Jean-Kristoff Camps accentue l’opposition entre intérieur et extérieur.
C’est un très beau conte pour les enfants qui sont fascinés par la scénographie et le jeu des comédiens (Patricia Varnay, la mère et Christophe Laparra, l’ogrelet) qui les entraînent dans un monde merveilleux, onirique mais aussi réaliste. Par les thèmes abordés, ce conte s’adresse aussi aux adolescents et aux adultes qui accompagnent les enfants. Quel plaisir en tant qu’adultes d’assister à un spectacle pour enfants de cette qualité. Il montre le chemin vers l’émancipation qui passe par l’éloignement de la mère protectrice et castratrice, par la libération de l’hérédité paternelle monstrueuse, par la socialisation et non l’isolement mais aussi par l’apprentissage que le désir sauvage, irraisonné, destructeur doit être maîtrisé pour aboutir au plaisir.
N’hésitez pas à amener vos enfants, petits-enfants, élèves voir ce spectacle.
Frédérique Moujart
Jusqu’au 3 juin 2026, Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre au lard, Paris 4ème – Réservations :
01 42 78 46 42 ou essaionreservations@gmail.com
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