Lutter contre le nazisme et le régime de Vichy n’a pas été qu’une affaire d’hommes. Très tôt des femmes se sont engagées dans la Résistance, parfois les armes à la main ou en tant qu’agents de liaison informant les réseaux ou transmettant des messages. C’est le portrait de trois d’entre elles que propose Les résistantes, Geneviève de Gaulle, Lucie Aubrac et Mila Racine
Journaliste et producteur de radio pour France Inter, Philippe Collin s’est attelé à des séries documentaires Face à l’Histoire. En 2022, l’une d’elles, Léon Blum : une vie héroïque, connaît un grand succès et il l’adapte pour le théâtre avec Charles Berling et Violaine Ballet. Crée au Printemps des comédiens en 2023, ce spectacle participatif est repris en tournée, entre autres à Châteauvallon-Liberté. La série Les résistantes, qui dresse le portrait de cinq résistantes, est adaptée en documentaire et diffusée sur France5 en avril 2025.
Philippe Collin, Charles Berling et Violaine Ballet créent Les résistantes en juillet 2026, offrant un superbe hommage aux trois femmes qu’ils et elle ont retenues. Trois femmes dont le destin n’avait rien de tracé et qui ont défendu des valeurs qui sont encore les nôtres, la liberté, la justice, la fraternité et la dignité. Lucie Aubrac, professeur d’histoire, communiste, aura tous les culots dans sa lutte, deviendra une véritable légende en réussissant à sortir son mari des griffes de Klaus Barbie à Lyon et toute sa vie témoignera et appellera les lycéens à ne rien oublier. Geneviève de Gaulle, la nièce du Général de Gaulle, dotée d’une conscience morale et politique aiguë, valorisant la dignité humaine et dont le Général refusera avec la même dignité de négocier avec Himler sa libération, lorsqu’elle sera arrêtée. Elle deviendra après la guerre une des fondatrices d’ATD-Quart-Monde. Enfin Mila Racine, une jeune Juive engagée dans les mouvements de jeunesse sioniste, qui réussit à faire s’évader vers la Suisse des centaines d’enfants juifs et connut un destin tragique puisqu’elle fut tué en 1945 dans un bombardement anglais alors qu’elle venait d’être transférée de Ravensbrück à Mauthausen.
Comme pour Léon Blum, il s’agit pour Philippe Collin, Charles Berling et Violaine Ballet de créer un événement théâtral participatif en mariant théâtre et radio et en y associant des habitant.e.s des villes visitées et ici un historien, Fabien Archambault, censé se soumettre au jeu des questions-réponses. Le spectacle prend la forme d’un récit choral où les voix se répondent. Tout commence avec la voix de Lucie Aubrac dans ce moment devenu célèbre où elle dit « Il y avait dans mon pays une bande de cambrioleurs et de pillards c’était l’armée nazie. Et j’aimais encore moins ceux qui les aidaient et c’était le Gouvernement de Vichy ». Le chœur des voix va ensuite se déployer : voix originales des trois héroïnes ou de personnalités de l’époque, celle de Philippe Collin qui assure la narration et, tel le batman d’un porte-avion, distribue d’un geste du bras, la parole ou lance l’orchestre ou le chœur , celles de Charles Berling et Bérengère Warluzel apportant une contextualisation historique, celle des trois comédiennes amatrices portant la voix des Résistantes et enfin celle d’un comédien amateur pour diverses voix du récit. Sur le plateau le dessinateur Sébastien Goethals dessine au fur et à mesure de l’avancée du spectacle les trois Résistantes mais aussi les casquettes noires des officiers de la Gestapo et les fedora de la Milice ou les avions alliés bombardant les voies ferrées comme celle au bord de laquelle mourut Mila Racine .
La musique, assurée par L’Orchestre d’Harmonie d’Ollioules-La Lyre Provençale et le Chœur de la préparation militaire marine de Hyères, va de chants de l’époque comme Je suis seule ce soir à des chants de lutte comme Bella Ciao, de l’émotion de la chanson de Jean Ferrat Nuit et brouillard à la gaieté de la Libération avec Fleur de Paris. Et c’est le son d’un piccolo, évoquant les sifflements par lesquels s’appelaient les résistants pour ne pas se faire repérer, qui ouvre La complainte des partisans par laquelle se termine le spectacle laissant le public scotché par l’émotion. Lui n’oubliera pas ces Résistantes et ne les abandonnera pas dans l’ombre.
Micheline Rousselet
3 et 4 juillet à Châteauvallon (83) – 12 et 13 décembre 2026 à La Criée Théâtre National de Marseille, 15 et 16 janvier 2027 Théâtre National de Nice, 20 mars 2027 Théâtre de Grasse, 10 avril 2027 Espace des Arts, Scène Nationale de Châlon-sur-Saône
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu