Dans le cadre du Focus Femmes ! démarré en septembre, la Maison des Métallos propose une pièce écrite par une femme, qui la joue également, Leïla Anis.

En sortant d’un laboratoire d’analyses médicales, une femme s’évanouit aux côtés de l’homme qu’elle aime, juste après avoir appris qu’elle attend un enfant, celui qu’ils espéraient. Transportée à l’hôpital, elle y reste quelques jours et son dialogue avec le médecin va réveiller sa mémoire et délier sa langue. Elle a perdu conscience, semble avoir oublié son identité et devient toutes les femmes qui l’ont précédées dans sa famille.

Théâtre : Les monstrueuses
Théâtre : Les monstrueuses

Par-delà les frontières, le Yémen du côté paternel, l’Aveyron du côté maternel elle remonte le temps et trouve toujours les mêmes angoisses : la peur des non-dits, du silence que les mères s’imposent et qu’elles imposent à leur fille, la peur devant cet autre né de leur chair, parfois dans l’horreur du sang et de la souffrance. Les mêmes questions les hantent aussi : la mise au monde vécue comme une mort en partage, l’angoisse de transmettre à sa fille quelque chose du monstre que sa mère lui a transmis, toutes ces superstitions et tous ces préjugés qui poursuivent les femmes. La liste en est longue et le texte de Leïla Anis, sous une forme poétique, en évoque quelques-uns que l’on retrouve aux quatre coins du monde : au Yémen une fille qui a ses règles ne peut traire une chèvre ou boire son lait sous peine de la voir perdre son lait, rappelons qu’en France elle était censée faire tourner la mayonnaise ! Comme au Yémen, en France il y a peu les mères ne disaient rien aux filles de ce qui se passait la nuit de leurs noces. En France le mariage était vu comme une alliance de richesses ou de terres entre deux familles et on assignait les femmes, dans les milieux aisés, au rôle de parure de la maison de leur mari. Au Yémen il s’agit de renforcer les liens entre des clans pour éviter les guerres et la mère dit à sa fille « Souviens-toi que ta mère a vécu la même chose ; l’insupportable tu le supporteras comme ta mère pour défendre l’honneur de ta mère et de sa mère avant elle ».

Leïla Anis, elle-même née d’un père d’origine yéménite et d’une mère aveyronnaise, a écrit ce beau texte, qui passe de la vie quotidienne au conte oriental et où la poésie et le merveilleux ne sont jamais loin. On glisse du C’est merveilleux l’amour, d’Édith Piaf, aux monstres et à la sorcière qui s’insinue dans le crâne des jeunes accouchées. On passe de la femme, rejetée de sa communauté car rendue stérile par un accouchement à gros problèmes, à celle dont le père va jusqu’à nier l’existence auprès de son enfant, parce qu’elle a voulu s’émanciper, tout cela dans une langue qui ne tombe jamais dans le réalisme cru, mais s’élève dans la poésie. La mise en scène très sobre de son partenaire Karim Hammiche, qui incarne aussi le médecin, joue surtout des lumières qui créent des espaces ou font surgir de l’ombre la comédienne qui a une présence étonnante. Toujours un peu sorcière, même quand elle est la jeune femme d’aujourd’hui, elle se redresse, refuse de plier, elle a une énergie superbe pour se battre contre le véritable monstre : le silence.

Micheline Rousselet

Mardi, mercredi, vendredi à 20h, sauf le 24 novembre à 14h, jeudi et samedi à 19h, dimanche à 15h

La Maison des Métallos

94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 05 88 27


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