Beaucoup moins jouée que Lorenzaccio cette pièce de Musset, écrite alors qu’il n’avait que vingt-trois ans, a pourtant toutes les caractéristiques du drame romantique. Coelio est éperdument amoureux de la belle Marianne mariée à un juge rigide, Claudio, qui veille sur elle jalousement comme sur sa propriété. L’entremetteuse que Coelio charge de lui obtenir un rendez-vous auprès de la belle échoue, car Marianne semble avoir trouvé la paix du cœur en s’enfermant dans la religion. Coelio s’adresse alors à son ami Octave, libertin désabusé qui se noie dans l’alcool et les fêtes, et qui par ailleurs est le cousin de Claudio, pour tenter de fléchir la belle Marianne. Mais dans cette ronde du désir tous vont se perdre.

Musset n’a pas encore rencontré Georges Sand, mais il fait de Marianne une femme déterminée qui n’hésite pas à dénoncer la soumission aux préjugés de genre de la société de son époque. Elle refuse de se plier aux attentes des hommes et à adopter l’attitude qu’ils considèrent comme légitime pour une femme. Elle veut choisir qui aimer et n’hésite pas à le dire à Octave. Ce qu’elle montre là, ce n’est pas un caprice mais une rébellion. Et dans ce duo la langue de Musset est admirable et les acteurs la font admirablement bien entendre.

Philippe Calvario propose une mise en scène tout à fait classique, accompagnée par une création musicale de Christian Kiappe. Des panneaux tournants font apparaître les différents lieux de l’action, un escalier menant au jardin de la maison de Marianne permettant aux entremetteurs ou au spadassin d’attendre dans l’ombre ou le tombeau sur le mur duquel Octave clôt le drame par un désespérant « Adieu l’amour et l’amitié ! Ma place est vide sur la terre … Je ne vous aime pas Marianne ; c’était Coelio qui vous aimait ».

Philippe Calvario campe un Octave, ami fidèle et dévoué, mais un peu trop enfermé dans son rôle de débauché, qu’écorche juste un peu l’aveu de Marianne. On aurait aimé entendre davantage ce qu’il y a de désespérance dans ce choix, qui fait d’Octave un frère de Lorenzaccio. Mikaël Mittelstadt (en alternance avec Pierre Huret) incarne un Coelio, brûlé d’amour et ne sachant plus à quel saint se vouer pour convaincre Marianne de l’aimer. Delphine Rich incarne avec finesse l’entremetteuse et la mère de Coelio. Christof Veillon n’apparaît pas comme un vieux barbon, mais comme un mari jaloux décidé à défendre la vertu de sa femme qu’il considère comme sa propriété intangible. Zoé Adjani interprète Marianne. Belle et réservée au début elle se révèle dans ses échanges avec Octave, sincère, déterminée, volontaire et fougueuse. C’est elle qui porte avec panache la modernité du propos de Musset.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 30 mars au Théâtre des Gémeaux Parisiens, 15 rue du Retrait, 75020 Paris – du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15h – Réservations : 01 87 44 61 11 ou billetterie@theatredesgemeauxparisiens.com

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