Des bracelets, des boucles d’oreille de pacotille, c’est le souvenir le plus intense qui lui reste de sa mère. Tout a brûlé dans l’accident de voiture où ses parents sont morts. Elle est restée seule avec son petit-frère sous la garde d’un baby-sitter déboussolé, en attendant l’arrivée de son grand-père le lendemain. La famille a jugé plus prudent de les laisser à l’écart des funérailles. Il ne lui reste que des photos, le souvenir d’une mère, une comédienne si belle, dont l’arrivée était accompagnée par le tintement de ses bracelets, et les bras caressants d’un père adoré.

Théâtre : Les bijoux de pacotille
Théâtre : Les bijoux de pacotille

Il a fallu trente ans pour que Cécile Milliat Baumgartner écrive son histoire et se décide à la jouer. Lorsqu’on est une enfant et qu’on perd ses parents d’une façon si brutale et si tragique que les adultes eux-mêmes ne savent pas comment gérer à la fois leur chagrin et celui des enfants, on cherche à comprendre en se racontant une histoire. Elle a cherché dans sa mémoire toutes les traces de ses parents, les souvenirs vécus, tel ce voyage en camping-car, ceux qui sont réapparus dans les conversations familiales ou ceux qu’elle a imaginés. Elle a trouvé les mots, les petits riens qui écorchent la douleur mal cicatrisée et c’est bouleversant. Raconter son histoire lui a permis dit-elle de tourner la page.

Pour la raconter sur scène elle a fait appel à une metteuse en scène qu’elle connaissait bien Pauline Bureau. Sur le plateau un petit carton. Il n’a pas besoin d’être bien grand lorsqu’il n’y a que des traces, des photos, des lettres. Il n’y a même pas besoin d’ouvrir ce carton. C’est la magie qui va ouvrir l’imaginaire de la mémoire grâce au travail très léger et très fin du magicien Benoît Dattez. Un petit bout de film, l’actrice vue du dessus, le sol comme un ciel envahi de nuages légers se reflétant dans le grand miroir incliné placé au-dessus du plateau, des chaussures qui s’en vont toutes seules, légères comme l’enfant et la salle se retrouve dans un « ah » émerveillé d’enfant.

Cécile Milliat Baumgartner est magnifique dans ce retour dans une enfance heureuse brutalement interrompue. Elle s’enfonce dans le passé, se perd dans des souvenirs brumeux et impalpables ou s’appuie sur ceux qui lui semblent sûrs mais sont en fait invérifiables. Vêtue d’une robe qui évoque l’enfant qu’elle fut, elle arrive à présenter un double visage, le sourire de l’enfant qui veut faire bonne figure et la mélancolie de l’adulte qui se souvient. Bras ballants, hésitante devant les souvenirs qui s’effacent et qu’elle peine à retenir ou décidée enfilant ses chaussons de danse, souvenir du bonheur envolé. Elle a su trouver les mots justes, ceux qui donnent à l’histoire sa place, qui font leur place aux sourires comme au chagrin et évitent les débordements d’émotion. Écrire et jouer lui ont permis de s’arranger avec ses souvenirs, avec ses fantômes et d’en faire un terreau pour sa vie d’adulte. On partage son émotion, on a les larmes aux yeux, on devient son ou sa complice. Elle est merveilleuse.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30, relâche le lundi

Théâtre du Rond-Point

2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21


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