Ils se trouvent beaux, se le disent, ils n’ont pas grand chose à se dire à part qu’ils s’aiment, que leur vie est parfaite et qu’ils ont beaucoup de chance. Pourtant il y a bien une faille, cette petite fille, Alice enfermée dans sa chambre avec ses Barbies, qui ne parle pas et qu’ils gavent de médicaments. Et puis il y a les choses qu’ils commencent à se dire : les frustrations – elle reste à la maison pour s’occuper d’Alice, alors que lui, parce qu’il a un meilleur salaire, travaille – les humiliations, les mensonges et les ressentiments. Les mesquineries s’installent, elle a mangé le jambon d’exception qu’il avait caché derrière les yaourts et ils se disputent pour savoir qui va vider le lave-vaisselle. Alors le « tu es le plus gentil des hommes » laisse place à la haine qui se dit, qui se crie et la guerre s’installe.

C’est avec un humour ironique que Léonore Confino s’attaque à la faillite de ce couple modèle, un de ceux où la réussite matérielle tient lieu de bonheur. Mais où en est-on à la fin, champ de bataille au sens propre, le mari a beaucoup cassé, ou terrain de jeu ? Et si sous les décombres subsistaient quelques étincelles d’amour et si c’était l’enfant qui relançait le jeu ?

Anne Coutureau met en scène avec précision ce texte qui joue sur l’entre-deux : fausse autopsie réaliste de l’usure d’un couple qui s’est dissout dans le paraître ou image d’un couple, désarçonné par le comportement de leur enfant, qui joue à se disputer. Dés le début la chanson de Joe Cocker « You are so beautiful » apporte sa pointe d’ironie.

Les deux comédiens Yasmin Van Deventer et Cédric Welsch ont trouvé la complicité qui leur permet d’incarner la complexité de ce qui se joue. Elle est cette femme, apparemment superficielle et idiote, qui règle ses comptes, il est cet homme, qui pense avoir tout bien fait, mais révèle bien des peurs et des lâchetés. Ils se laissent aller à leurs émotions, elle au ressentiment, lui à la colère. Et en même temps les deux comédiens savent garder une distance qui leur permet de laisser ouverte la question de savoir s’ils jouent la fin de leur couple ou si les personnages jouent, presque avec emphase, le pic de la crise conjugale pour mieux rebondir. Intrigant !

Micheline Rousselet

Jusqu’au 30 décembre au Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris – les mercredis à 19h – Réservations : 01 42 65 90 00 ou www.theatredesmathurins.com

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu