Sur le côté du plateau une petite maquette de maison. Une femme à son bureau parle de Claire, qui peint lentement avec de la gouache pour enfants. Une voix off, celle de Madame Lagrange, dit « Personne n’aurait pu imaginer que ça lui arriverait, elle a toujours été si discrète ». Une fenêtre de la maison s’ouvre laissant voir une plante verte qui sera la forêt et devant, une pièce, dont on comprend rapidement qu’il s’agit de la salle commune d’un hôpital psychiatrique. Trois Playmobils y sont installés, le premier est Claire, abattue, pinceau à la main, les deux autres sont les autres pensionnaires Jean et Sylvia qui l’observent. Qu’est-il arrivé à Claire ?

La narration est prise en charge par l’autrice de la pièce, Céline Delbecq. Assise à son bureau, tournant le dos aux spectateurs ou debout leur expliquant ce qu’elle sait, elle fait la voix de tous les personnages, passant d’un timbre de voix à un autre, adoptant même la voix d’enfant du petit Roméo. Ces personnages sont représentés par des Playmobils : Madame Lagrange, la mère de Claire, son petit-fils Roméo, Jean et Sylvia, pensionnaires de l’hôpital psychiatrique et enfin Madame, la directrice de l’hôpital. Elle voudrait mieux soigner ses patients, mais obnubilée par les résultats, elle doit sans cesse courir et finit le dos cassé par les soucis. Il y a enfin Claire abrutie par les médicaments, qui se tait.

La pièce avance cahin-caha au rythme des observations de Jean et Sylvia, des passages au pas de course de Madame, noyée dans les soucis du quotidien de l’hôpital, en particulier cette fissure dans le mur qui ne cesse de s’élargir et qu’il faut bien colmater, comme on le fait à grand coups de médicaments pour réparer l’esprit malade de Claire. Si celle-ci ne parle plus, sa mère parle beaucoup, comme pour réparer les brèches et nous permettre d’approcher le passé de sa fille, qu’elle semble se reprocher de n’avoir pas su écouter.

Ce qui fait l’originalité du spectacle c’est l’utilisation des Playmobils. Manipulés avec des fils comme des marionnettes par Isabelle Duras (en alternance avec Louison de Leu), ils se déplacent et semblent dialoguer, faisant vivre l’histoire que raconte l’autrice. Un beau travail sur le son (Pierre Kissling), la lumière (Jérôme Dejean) et de la vidéo ( Alice Piemme et Aurélie Perret) contribuent à la douceur de l’approche de Céline Delbecq. Elle dit « j’aime écrire en m’arrêtant dans les courants d’air et en observant les fissures de notre société néolibérale où les chiffres décident de tout à notre place et se contrefichent de celles et ceux qui souffrent ». Avec ses Playmobils elle prend le temps de parler des difficultés des soignants et des proches des malades en hôpital psychiatrique. C’est intelligent, drôle parfois, sensible toujours.

Micheline Rousselet

Spectacle vu le 29 juin à la Maison Poème à Bruxelles – du 4 au 25 juillet au Théâtre des Doms (Festival Off d’Avignon)

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu