Christian est en train de vider la maison de son père, Marcel, qui vient de mourir. Son père l’a eu à cinquante ans et il n’a guère parlé à son fils de sa vie avant sa naissance. Christian va être père et la question de ce qu’il pourra transmettre à son futur enfant sur ce grand-père l’interpelle. Dans un carton, il tombe sur une photo de gens, dont son père, devant le Musée de l’Homme en 1941. Que faisait son père sur cette photo ? Il y a des noms aussi, Germaine Tillon, Boris Vildé, qui renvoient à l’un des premiers réseaux de Résistance contre l’occupation nazie. Christian va se lancer dans une recherche. Par une série de va-et-vient entre le passé et le présent l’enquête avance pleine de suspense et on découvre l’histoire de ce père.

L’idée de la pièce est venue à Grégory Bellanger parce qu’il avait lui-même un grand-père qui avait eu un rôle dans la Seconde Guerre mondiale mais n’en disait rien. Il n’a rien appris sur lui mais a écrit cette pièce qui croise les questions intimes et l’Histoire, celle des choix dans une période tragique et celle de la transmission entre un père et son fils. Dans Le secret des ombres, les parents de Marcel ont, par anticommunisme et pour son passé de héros de la Première Guerre, choisi le Maréchal Pétain, tandis que lui choisit la liberté et refuse l’occupation nazie. Ce choix, les rencontres, les amitiés détermineront la vie de son père, que Christian découvre peu à peu. La présence de l’ethnologue Germaine Tillon dans le réseau de Résistance permet à Gregory Bellanger le joli portrait d’un tirailleur Sénégalais, Ivoirien en fait mais la France coloniale n’avait cure de ces différences, amateur de littérature française d’Hugo et de Tu seras un homme mon fils de Kipling.

La mise en scène de Léa Marie-Saint Germain et Adrienne Olle permet de passer avec fluidité d’une époque à une autre. Pas de décors, mais des cartons. Ils deviennent boîtes d’archives, bureau, banc public, automobile même, d’où surgissent brusquement des photos, un réverbère, une lampe, un téléphone. La musique crée une ambiance sonore d’époque ou suit la progression de l’enquête. Cinq comédiens interprètent, avec le rythme qui convient à cette enquête, tous les personnages (en alternance Grégory Bellanger, Marjorie Ciccone, Steven Dagrou, Laurent Dubesset, Clara Leduc, Léa Marie-Saint Germain, Adrienne Olle, Bastien Spiteri et Gaël Tavares).

Des personnages attachants pour une jolie histoire sur fond de grande Histoire.

Micheline Rousselet

À partir du 17 septembre au Théâtre Juliette Récamier, 3 rue Juliette Récamier, 75007 Paris – du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 17h – Réservations : theatrejulietterecamier.fr ou 01 42 64 49 40

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