Clémence Coullon marquée par un passage en internat aux règles rigides a imaginé cette pièce pendant le confinement dû à la covid. Le spectacle commence par l’apparition de la conteuse des conteuses (excellente Myriam Fichter) qui se perd et doute de son rôle comme de la place de la chaise à laquelle elle reste accrochée. Elle tire les ficelles d’une histoire qui va finalement lui échapper.

Voilà un Roi (formidable Tom Menanteau en Roi queer) privé de sa liberté de chasse et de batailles suite à la décision de confinement, une Reine jouée par Clémence Coullon, excellente en Reine jalouse et manipulatrice et leur Bouffon (sublimement interprété par Guillaume Morel) qui campe un personnage muet au mime expressif bouleversant à la fois bêtifié et rusé qui prendra le pouvoir en se montrant finalement aussi tyrannique que le roi et la reine.

Condamnés à vivre enfermés, ils doivent cohabiter dans ce château aux allures de prison, enfermés dans la camisole de la folle poursuite de leur quête égoïste du pouvoir. Se succèdent à un rythme effréné des scènes de poursuites, de suicides et de meurtres dans une joyeuse confusion dans un jeu d’alliances et de retournements où se mêlent la tragédie, le burlesque et l’ambiance de cabaret.

Le piano situé à cour tient un rôle à part entière comme tout le décor (Angéline Croissant pour la scénographie très réussie et Muriel Navarro pour les très belles grandes toiles de fusain ). Shakespeare, Beckett et Chaplin sont convoqués tour à tour. La scène des lettres dictées au Bouffon ou à la Reine qui les tapent à la machine rappellent celle hilarante du filmLe Dictateur. Coincés dans leurs accoutrements royaux (Lucie Duranteau signe des costumes incroyables de justesse grotesque), les personnages s’enferment et finissent pas dégringoler de leur piédestal incapables qu’ils sont de s’ouvrir aux autres et finissent par se heurter au quatrième mur.

Avec beaucoup de talent Clémence Coullon réussit dans ces scènes délirantes à glisser toute une réflexion aussi bien sur l’enfance, le rôle des parents, l’adoption et la course sans limite au pouvoir qui mène à la folie et à la ruine. On sort très enthousiastes de ce spectacle dense et ultra rythmé dans lequel tous les excellents comédiens se donnent à fond physiquement dans cet espace confiné que la violence burlesque des personnages entraînera dans l’abyme.

Frédérique Moujart

Jusqu’au 22 févier, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30 – Théâtre de la Tempête. Cartoucherie, Route du Champ-de-Manoeuvre, Paris 12ème- Réservations : 01 43 28 36 36 ou theatre@la-tempete.fr

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