Sylvie, à la fois Française et juive, est entraîneuse de l’équipe féminine de handball d’Aubervilliers. Le hasard fait qu’elle doit accompagner l’équipe au « tournoi de l’amitié » dans sa ville natale Constantine, qu’elle a dû quitter petite-fille en 1962. Elle n’y a laissé qu’une tante bien-aimée rejetée par la famille pour avoir, elle qui est juive, épousé un Algérien et avoir choisi de rester en Algérie. Retrouvant par un « merveilleux hasard » les traces de son passé, elle rêve de réconciliation au sein de sa famille et entre les hommes et les femmes des deux pays par-delà les divisions nées de l’histoire et de la religion.

L’actrice Brigitte Guedj avait une histoire à raconter, la sienne, une histoire faite de déchirements et de frustrations, de hasards et de rencontres magnifiques aussi. Elle en a confié l’écriture à Jean-Christophe Dollé qui souhaitait depuis longtemps, et encore plus depuis les attentats de 2015, écrire sur le thème de la réconciliation. Il le fait avec sensibilité et humour. L’évocation du contexte familial avec un père, patriarche autoritaire et raciste qui n’est avare ni de coups ni d’insultes, les questions des jeunes joueuses à qui Sylvie est obligée de préciser « ici c’est pas comm’ à Aubervilliers le mot arabe n’est pas une insulte mais un qualificatif », alternent avec les rappels à l’ordre de l’entraîneuse qui se bagarre avec sa petite troupe pas très disciplinée.

Avec un banc, le metteur en scène Laurent Natrella nous immerge dans le gymnase avant le match. Avec quelques effets de magie d’Arthur Chavaudret un foulard s’envole comme le symbole de la libération de Sylvie et le Monsieur Oscar tant regretté apparaît. Dominique Bataille crée un univers sonore qui nous accompagne en Algérie et Elsa Revol nous fait passer de la lumière un peu dure du gymnase à celle chaude et sensuelle des rues d’Alger.

Brigitte Guedj glisse du personnage de l’entraîneuse au franc parler, sifflet à la bouche pour mobiliser son équipe, à la petite fille séparée de son doudou, Monsieur Oscar, brinquebalée d’Algérie en Israël puis en France et s’inventant des amis étranges, le four ou l’aquarium, pour calmer sa peine. Elle prend l’accent arabe ou ose affirmer sa féminité en robe rouge décolletée. Brigitte Guedj passe d’un personnage à l’autre. L’entraîneuse volontaire et ironique redevient au fil des souvenirs la petite fille désorientée qu’elle fut, mais sait aussi prendre la vie à bras le corps et se lancer dans la bataille. La comédienne incarne avec force cette femme libre et prête à lutter pour la réconciliation et la paix. Un bel espoir aujourd’hui où les relations entre la France et l’Algérie sont au plus mal.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 16 février au Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris – du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h30 – Réservations:www.lucernaire.fr ou 01 45 44 57 34

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