C’est dans le centre médico-pédagogique où elle intervenait que la psychanalyste Françoise Dolto a rencontré Dominique, un adolescent de quatorze ans, que sa famille qualifie de « débile simple » et dont sa mère dit qu’elle ne sait plus quoi en faire. La psychanalyste refuse ce diagnostic simpliste et entreprend avec cet adolescent en souffrance douze séances thérapeutiques. Elle a relaté minutieusement ces douze séances, les dialogues avec Dominique, sa mère, son frère, les coups de téléphone (rares) du père ainsi que ses propres réflexions prises sur le vif. En ressort le tableau d’une famille dysfonctionnelle dont Dominique concentre toutes les folies.

Nathalie Boutefeu a adapté et mis en scène le livre de Françoise Dolto, y trouvant un écho à la situation de sa grand-mère, vouée à une désespérante errance médicale avec un de ses fils schizophrène. Elle a pensé à ce qu’aurait pu apporter l’approche novatrice de la psychanalyste, écoutant et reconnaissant les problèmes d’un jeune patient comme elle l’a fait pour Dominique.

La scénographie est très simple, la table de travail de Françoise Dolto et deux chaises, l’éclairage va faire ressortir l’entrée du cabinet, où arrive la mère avec Dominique, ou se centrer sur la psychanalyste et son jeune patient. Trois comédiens sont en scène. La mère, interprétée par Nathalie Boutefeu, apparaît comme une femme soumise à son mari, absent la plupart du temps car retenu par son travail en Allemagne. Elle se débrouille comme elle peut, plutôt mal que bien, avec ses enfants et surtout Dominique qu’elle ne comprend pas. Bernadette Le Saché incarne Françoise Dolto. Elle a à peu près l’âge de celle-ci au moment où elle s’occupait de Dominique. Blouse blanche, œil attentif concentré sur son patient, le laissant parler, dessiner, modeler, l’interrogeant, entamant avec lui un dialogue où s’éclairent les folies langagières de Dominique en révélant une galerie familiale dysfonctionnelle, père absent et indifférent et surtout mère abusive totalement inconsciente du mal qu’elle fait à ses enfants. Entre les séances avec Dominique, la psychanalyste glisse quelques réflexions sur son analyse. Face à Bernadette Le Saché, parfaite incarnation de Françoise Dolto, Dominique est interprété par un jeune comédien exceptionnel, Luca Bottini. Il arrive boucles rousses, regard à la fois naïf et un peu inquiet, voix d’enfant, bonhomme en pâte à modeler verte à la main, hésitant, à l’image de cet adolescent figé dans un profond blocage psycho-affectif. Peu à peu on le voit commencer à structurer son identité, à prendre confiance et à s’extraire de l’univers psychotique où il était enfermé. Il retrouve un langage plus sûr, progresse dans ses apprentissages et ses relations sociales, sa voix elle-même change devient plus mûre. Mais c’est la voix du père au téléphone (celle glaçante de Mathieu Amalric) qui mettra fin à la cure. Pourtant Dominique a avancé, un adolescent drôle, doué d’humour et de discernement sur sa famille et sur son propre comportement était en train de naître.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 20 septembre au Théâtre du Chariot, 77 rue de Montreuil, 75011 Paris – du jeudi au dimanche à 19h – Réservations : 01 48 05 52 44 ou sur le site du théâtre


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