Après la mort de sa mère, Macha sombre dans la mélancolie. Coincée dans la maison familiale avec sa gouvernante Katia et sa petite sœur Sonia, elle a l’impression que la vie n’a plus rien à lui offrir. Pourtant elle n’a que 17 ans et est plutôt jolie. Un jour arrive son tuteur, Sergueï Mikhaïlitch, un ami de son père. Il a vingt ans de plus qu’elle, il est corpulent et toujours gai bien loin du physique du jeune homme romantique dont elle rêvait. Pourtant elle s’éprend de lui qui hésitait à lui avouer son amour par peur de la différence d’âge. Leur amour grandit avec les fiançailles et leur installation dans le domaine de Serguei Mikhaïlitch. Puis un jour elle commence à s’ennuyer, son amour ne grandit plus. Pour la distraire il l’emmène à Saint-Pétersbourg où de réceptions en bal, elle devient la coqueluche de la bonne société, ce que lui reproche son époux qui trouve cette vie mondaine bien futile et vide. Leur approche différente les éloigne alors l’un de l’autre.

Ce court roman a été écrit par Tolstoï en 1859 alors qu’il n’avait que trente ans. On peut le considérer presque comme prémonitoire puisque deux ans après Tolstoï rencontrera celle qui deviendra sa femme. Elle avait seize ans de moins que lui et aimait les mondanités pour lesquelles il eut de moins en moins d’appétit !

Françoise Petit a été séduite par ce très beau portrait de femme qui ressort de l’écriture ciselée et délicate de Tolstoï et cette description fine, subtile et un brin cruelle des étapes de l’amour, de l’admiration réciproque et du désir de tout partager aux déceptions nées du quotidien.

Devant une toile peinte représentant un jardin aux couleurs changeantes de la lumière claire du printemps au couleurs de l’automne, dans un décor sobre, un fauteuil, un piano, sous une lumière douce, Anne Richard épouse les sentiments de Macha. Jeune, vive, fragile, peu assurée lors de la rencontre, elle se mue en amoureuse. Rendant sa voix un peu plus grave, elle devient aussi son fiancé. La robe fleurie laisse place à une petite veste et une robe élégante pour le départ à Pétersbourg où on la voit se plaire dans les fêtes et jouir des compliments. Françoise Petit et Anne Richard ont fait appel à Jean-François Balmer qui offre sa présence au mari. Silencieux, il se glisse de temps à autre sur le plateau, comme un fantôme bienveillant, fleur à la boutonnière tout de même pour le mariage. La musique accompagne les émotions et les mouvements du cœur de Macha avec la sonate Quasi una fantasia de Beethoven jouée à ses côtés par le pianiste Nicolas Chevereau.

Un spectacle plein de sensibilité où le très beau texte de Tolstoï, à la fois romantique et lucide, est porté par une comédienne frémissante, accompagnée par la grâce de la musique.

Micheline Rousselet

À partir du 16 mars au Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 bd du Montparnasse, 75006 Paris – les lundis à 21h – Réservations : www.theatredepoche-montparnasse.com ou 01 45 44 50 21

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