Zoé est en CM2. Son père, pour passer du temps avec elle, puisque depuis leur séparation c’est sa maman qui a la garde, propose de venir mettre en scène pour la fête de fin d’année la comédie musicale Les Misérables. Mais ce père ne vient pas en intervenant novice, il vient avec toute l’exigence artistique qui est la sienne. Il a l’ambition de transmettre aux enfants son amour du théâtre et de Victor Hugo. Les répétitions commencent mais tout ne se passe pas si facilement. La bonne volonté de la directrice se heurte aux impératifs horaires pour les apprentissages obligatoires. Il ne craint rien, ose tout au point de mettre en péril toute l’entreprise.

Nous avions aimé Julie Timmerman dans ses spectacles politiques, Un démocrate ou Bananas (and Kings). Depuis quelques années nous l’avons suivie avec autant de bonheur dans son aventure familiale, qu’après Zoé elle poursuit avec L’art d’être mon père. Avec pour seul accessoire une chaise elle réveille l’imaginaire des spectateurs, qui sont comme placés dans la position des enfants de la classe commençant à répéter le spectacle de fin d’année. Elle est ce père excessif emporté par son projet qui oublie les règles, Zoé qui a un peu honte de ce père différent, la directrice qui tente de tenir face aux ambitions du père, le professeur de musique que le père, tout à ses idées sur le texte et la mise en scène, ne cesse d’interrompre, le professeur d’art plastique qui se prend aussi à rêver et oublie que le décor qu’il construit n’est pas praticable.

Monter les Misérables, ce n’est pas rien. Les enfants doivent imaginer ce qu’était la situation des ouvriers, ils doivent ressentir la peur de Cosette seule dans les bois pour aller chercher de l’eau. Le père use de métaphores, évoque Charlot dans Les temps modernes, s’enthousiasme. Il lui faut plus d’heures, plus d’espace, la salle des fêtes pour répéter plutôt que la cour, un orchestre, une sortie dans les bois pour retrouver l’arbre où Jean Valjean aurait pu cacher les chandeliers dérobés, etc.

A travers cette histoire de répétitions d’une pièce pour la fête de l’école passe toute une réflexion sur le théâtre. On joue mais c’est sérieux, tout doit être en place pour qu’on y croie. Le groupe entier doit s’y consacrer entièrement, mettre en commun ses idées pour dépasser les obstacles. Et puis il y a la relation de la petite fille à son père, un mélange de honte et de fierté parce qu’il n’est pas comme les autres, des enfants qui se souviendront toujours de ces moments magiques et une fille qui assurera la succession comme le rêvait son père.

C’est drôle, intelligent, émouvant et Julie Timmerman est juste merveilleuse.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 15 février au Théâtre La Reine Blanche, 2bis Passage Ruelle, 75018 Paris – les mercredis et vendredis à 21h, les dimanches à 18h – Réservations : 01 40 05 06 96 ou www.reineblanche.com – Tournée : 20 mars à l’Espace culturel Boris Vian, Les Ulis (91), 26 et 27 mars à La Touline, Azay-sur-Cher (37), 21 au 24 mai au Théâtre des Muses à Monaco, 5 juin à La Maison de l’eau à Saint Victor de Macalp (34), du 4 au 25 juillet au Festival off d’Avignon

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