Cécile Morelle et sa Compagnie Le Compost, implantée à Fère-en-Tardenois, dans une zone rurale des Hauts-de-France, se produit dans le cadre de la 16ème édition du festival Impatience dédié à la jeune création théâtrale. Ce festival donne à voir celles et ceux qui inventent le théâtre à venir. Et la forme choisie par Cécile Morelle s’accorde parfaitement avec les objectifs de ce festival.

Pour mieux retrouver ses origines paysannes en Picardie, elle se nourrit de son histoire familiale et des différentes rencontres de femmes d’exploitations agricoles qu’elle a croisées lors des multiples interviews qu’elle a réalisées à travers toute la France. Pour  mieux   comprendre l’ici  (la Picardie), il faut aller voir ailleurs . L’écriture de ce seule en scène fait s’entrecroiser les paroles de ces femmes et sa propre histoire dans la ferme familiale.

Sur le plateau, un décor minimaliste : une motte de terre, des seaux et un grand panneau de bois blanc support de son carnet de voyage, récepteur de phrases et de dessins. La narratrice, formidable conteuse, ouvre son spectacle en se saisissant d’une perche micro et interroge quelques spectateurs de la salle :  D’où venez vous? Est-ce qu’il y a une odeur qui vous rappelle votre enfance ? Que voyiez-vous enfant depuis la fenêtre de votre chambre ? Les réponses données l’amènent à sa propre histoire. Venue à Paris pour ses études, suite à une chute sur le bitume, lui remontent justement les odeurs de son enfance quand elle habitait dans son trou de Picardie. Elle décide alors de retrouver le corps de ferme de sa mamie, Mado au tablier à fleurs, qui n’a jamais quitté sa ferme et qui par sa fenêtre voit ses vaches et le paysage comme autant de cartes postales différentes chaque jour. Elle sera la première étape d’un road-trip qui la mènera dans plusieurs autres exploitations de l’hexagone. Ces différents échanges avec des femmes agricultrices comme sa grand-mère vont alimenter l’écriture de ce spectacle très bien construit.

Cécile Morelle est une comédienne complète qui a plusieurs cordes artistiques à son arc. Par son jeu théâtral talentueux, elle utilise le mime et les mimiques avec tendresse et humour sans caricature pour nous faire vivre les témoignages de ce monde paysan et ceux des femmes dont le double travail n’est jamais reconnu et qui vivent toujours sous le joug du patriarcat. Paroles du cru et attitudes participent aux confidences qu’elle obtient de ces paysannes qu’elle a su mettre en confiance. Les éléments du décor sont comme des personnages sur scène aussi bien la voiture qui crache les tubes de son époque que l’enregistreur témoin des interwiews qu’elle va littéralement extraire du trou de la motte. Elle s’installe d’ailleurs sur la motte de terre, dos nu, écran corps de femme pour paysages la menant aux corps de fermes.

Elle met aussi en scène ses souvenirs parfois douloureux et joue avec une grande justesse et un réel réalisme tous les rôles. Petite dans l’autobus, elle reçoit le crachat d’une élève. Le grand père brutal et cracheux maltraite Mado qui refuse de montrer sa peine car quand on s’appelle Madeleine, on ne pleure pas. La mère se lamente de vivre dans ce territoire où il n’y a rien et le père taiseux renvoie sa fille à sa mère pour toutes les questions qu’elle lui pose. La vie paysanne est rude mais encore plus dure (bel anagramme) comme une double peine, pour les femmes.

Les images sonores qui parcourent le spectacle (le bruit des trayeuses, des animaux…) nous transportent dans ce monde rural aux paysages de champs interminables, aux chemins boueux, aux tas de fumiers dont l’odeur envahit tout jusqu’au papier tue mouches qui pend du plafond au-dessus des tables de la salle à manger où la télé vocifère les paroles de Jean-Pierre Pernault. L’épisode très réussi des groupes de paroles des pipelettes dit combien il est nécessaire pour les agricultrices de trouver des espaces de partages et de convivialité dans ces endroits perdus et délaissés pour évoquer leur réalité.

Aidée par Chloé Duong et Edouard Peurichard pour la mise en scène, la vidéo et la danse, Cécile Morelle nous mène avec un superbe talent sur les chemins ruraux qu’avec tendresse, humour et vitalité, elle parcourt pour que les témoignages des femmes de paysans lui permettent de renouer avec son passé, de mieux le comprendre et de remplir ces immenses espaces de la paroles de ces femmes d’une grande humanité et ce n’est pas rien….

Un spectacle très original et immersif à aller voir absolument.

Frédérique Moujart

Dans le cadre du Festival Impatience, au Théâtre 13 – Paris : 10 et 11 décembre 2024 à 21h et 18h30 – Salle des fêtes de Montcavrel (62) le 14 décembre 2024 à 20h – Tournée 2025 : Ville de Méru (60) : 4 février 2025 à 20h – Théâtre de la Genette Verte de Florac (48) le 8 février 2025 à 20h – Théâtre de Cusset (03) : 11 février 2025 à 20h – MCL de Gauchy (02) le 6 mars 2025 à 10H et 14h15 – CC des 7 Vallées, Hesdin (62) le 8 mars 2025 – L’ernée (53) : du 24 au 29 mars 2025 pour 6 représentations – Théâtre Le Rayon Vert – scène conventionnée d’intérêt national art en territoire – Saint Valéry en Caux (76) le 1 et 2 avril 2025 à 20h (en hors les murs) – Théâtre Le Strapontin – Pont Scorff (56) le 13 mai 2025 à 20h30 (version rue) – CC Mont Saint Michel – Avranches (50) le 15 mai 2025 – Le Safran, Amiens (80) les 23 et 24 mai 2025 (en itinérance sur le territoire) – Festival de rue d’Aurillac du 20 au 23 aout 2025 (version rue)

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu