Ben oui, dans la symbolique freudienne, tuer le père c’est pour prendre sa place, comme homme adulte, commandeur du quotidien sinon maître de son destin, et comme figure d’un amour exclusif (celui de la mère dans la relation œdipienne hétéro). Mais comment faire quand on aime son père plus que tout au monde ? Comment faire pour ne pas tuer, ni mourir, pour vire avec la mort du père ou de soi ?
C’est un peu ce qui travaille le roman de Panayotis Pascot, La prochaine fois que tu mordras la poussière. Mais dans une forme d’ultra lucidité acide et décapante, crue et drôle.
« Ce livre me fait peur. Le processus a été douloureux. Mon père nous a annoncé qu’il n’allait pas tarder à mourir et je me suis mis à écrire. Trois années au peigne fin, mes relations, mes pensées paranoïaques, mon rapport étrange à lui, crachés sur le papier. Je me suis donné pour but de le tuer avant qu’il ne meure. C’est l’histoire de quelqu’un qui cherche à tuer. Soi, ou le père, finalement ça revient au même. » C’est le jeune écrivain et humoriste qui parle. Ils n’ont, l’un comme l’autre, que 28 ans, normal puisqu’ils sont le même individu, qui est aussi scénariste, acteur, réalisateur, le reste à venir. Panayotis, ça vient du grec et en gros ça signifie « tout saint ». On pourrait interpréter un peu et dire que dans le cas présent, « tous les saints » se sont penchés au-dessus de l’épaule de Panayotis. En fait, pas du tout un surdoué, mais bien un talent précoce et multidirectionnel. Mais comme Panayotis n’est pas metteur en scène (pour le moment), c’est son grand-frère, Paul, qui lui ressemble comme deux gouttes de… qui a adapté son livre et l’a mis en scène. Dans le rôle du fils, Roméo Mariani, autre jeune talent des planches ou des écrans et Yann Pradal dans celui du père.
« Si tu colles ton doigt sur un miroir, le doigt en réflexion ne touchera jamais ton vrai doigt. Tu peux regarder de plus près, il y aura toujours un tout petit écart, un millimètre d’écart. Peut‐être que c’est ça, que j’ai toujours un millimètre d’écart, que tout me frôle, passe tout près mais ne me touche jamais. Il va bientôt mourir et je tiens ce « millimètre d’écart » de lui. Évidemment c’est une protection et il faut apprendre à ses enfants à se protéger aussi. Lui résiste face à la pénétration. Quand il sent que ça commence à rentrer, qu’il est sur le point d’être touché, d’être vulnérable. Il se lève et il part. Il quitte la pièce et un peu plus la vie par la même occasion. »
Cet extrait du roman donne bien le ton d’une œuvre aussi légère que grave, aussi précise que poétique.
À ne pas manquer sur la scène de l’Opéra d’Avignon !
Jean-Pierre Haddad
Opéra Grand Avignon, Place de l’Horloge, 84000 Avignon. Mercredi 28 janvier – 20h.
Informations et réservations :
Des chuchoteurs du dispositif “Souffleurs d’Images” seront disponibles sur ce spectacle pour offrir aux personnes aveugles ou malvoyantes un accompagnement personnalisé par un bénévole formé (artiste, étudiant en art ou professionnel de la culture) qui décrit en direct les éléments visuels du spectacle. (Contacter l’Opéra et demander après Jessica Le Pape.)
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
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