On connaît la passion des femmes que nourrissait Guy de Maupassant, auquel on prête parfois autant de conquêtes qu’à Don Juan. Cette façon de glisser de l’une à l’autre, de la femme du monde à la fille des rues lui a d’ailleurs valu une syphilis, qui a fini par l’emporter à 43 ans, après une déchéance physique inexorable. On l’a parfois traité de misogyne, mais misanthrope serait plus pertinent. En bon observateur de son temps, il remarque que ce sont les hommes qui dominent dans la société comme dans la famille et il a fallu aux femmes de l’intelligence, de la ruse, de la chance aussi, pour être respectées.

Jean-Pierre Hané a ici adapté et mis en scène des extraits de nombreuses nouvelles de Guy de Maupassant. On se régale de la plume acérée de l’écrivain, de son pessimisme sur l’espèce humaine et les femmes n’y ont pas le plus mauvais rôle. Elles s’interrogent sur la sincérité des déclarations amoureuses, sont très sceptiques sur le mariage, dont l’une d’elles dit « le mariage entre gens intelligents n’est qu’une association d’intérêts, un lien social et non moral ». L’infidélité s’installe. Abusées, trompées, les femmes vont se venger en appliquant aux hommes leurs propres codes, en leur tenant la dragée haute ou en les trompant à leur tour.

Le metteur en scène a choisi de placer les personnages dans leur époque, boudoir cossu et costumes XIXème. La tante (Bérengère Dautun) dispense réflexions et conseils : «  nous avons cette aptitude surprenante pour deviner, dominer, serpenter, ruser et séduire ». Les scènes se suivent, fluides. On passe de la jeune fille (Rose Sorin), qui voit dans le désir du jeune homme (Mateo Autret Vasquez) qui la courtise un piège, à une épouse à l’intelligence impertinente qui propose un pacte au mari qui la trompe et a un regain de désir pour elle. On glisse d’un éloge du baiser à celui de la moustache. En fonction de leur situation sociale, les femmes n’ont pas toutes les mêmes atouts en main et Maupassant ne s’y trompe pas. La pauvre fille engrossée n’a d’autre solution que l’infanticide tandis que la femme du monde qui ne supporte plus son mari a loisir d’organiser un flagrant délit pour pouvoir divorcer.

Même si certains propos sont datés, le cynisme grinçant de Maupassant fait mouche et il est particulièrement bien servi par Catherine Piffaretti en épouse tenant la dragée haute à son époux (Jean-Pierre Hané), lequel dans une autre séquence déploie un discours d’un cynisme brutal. Tous deux mènent brillamment la danse de ces pauvres humains menés par leurs désirs.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 15 février au Studio Hébertot, 78 bis Bd des Batignolles, 75017 Paris – du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 14h30 – Réservations : 01 42 93 13 04 ou www.studiohebertot.com


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