Sur un plateau nu, une estrade, et sur cette estrade, assises sur deux simples chaises, deux femmes plus très jeunes. La plus ancienne dans son poste voit arriver la remplaçante avec une belle dose d’hostilité. Elles sont là au nom d’une association qui a créé le musée représentant une espèce devenue rare, celle des femmes qui ont atteint un grand âge sans avoir jamais eu recours à la chirurgie esthétique. Celles dont les rides sont authentiques, dont la poitrine est naturellement tombante, les dessous de bras naturellement flasques.

Mais l’exposition de leur vieillissement n’attire plus personne et il est possible que dans cet avenir proche du nôtre où elles ont survécu, les espèces vivantes soient en voie de disparition, qu’ait disparu la plupart des hommes, les animaux, les insectes. Qu’on attende le moindre signe de vie, ne fut-ce le vol d’un moucheron, et que dans l’univers déserté, on soit pris de la nostalgie des blattes….

Pierre Notte et ses interprètes, Catherine Hiégel et Tania Torrens, deux anciennes de la Comédie Française qui l’ont assisté au final de l’écriture, ont dû beaucoup s’amuser à remodeler et à ciseler le texte. C’est lisible dans le plaisir évident que l’une et l’autre ont à le dire avec tant de gourmandise et l’œil qui frise.

Théâtre : la nostalgie des blattes
Théâtre : la nostalgie des blattes

Mais qu’on le sache tout de suite, « La nostalgie des blattes » n’est pas une réflexion sur notre monde vieillissant dont l’urgence d’avenir, la frénésie du progrès et du profit nous fait perdre de vue les choses simples et détruire chaque jour un peu plus ce qu’il y a de vraie vie sur terre.

« La nostalgie des blattes » est un divertissement, une petite bulle de plaisir qui nous aura fait sourire un instant et qu’on aura oublié, le talent des comédiennes compris, dès le moment où on aura passé la porte du théâtre.

Le jeu de l’écriture est amusant, sorte de ping-pong entre deux personnages en rivalité, chacun jaloux du peu qui lui reste, un bout d’espace et une chaise, chacun s’égratignant au passage, heureux d’avoir pu tromper l’autre, moqueur et irascible, tour à tour blessé et blessant..

Une touche de fantastique, des drones qui rôdent, la menace de voir survenir la brigade sanitaire ou des miliciens et de temps à autre avant de relancer le dialogue du coq à l’âne, une explosion inquiétante, pourquoi pas les signes avant-coureurs de la fin du monde.

C’est un peu dommage qu’apparaissent très vite plus que la trame du texte, la technique d’écriture, une sorte de rouage, d’enchaînements de phrases un peu cousu de fil blanc quelque fois plus rusées qu’efficaces.

Les comédiennes s’amusent. Tania Torrens magnifique et Catherine Hiegel qui, parfois emportée pas l’élan du plaisir, s’accorde des moments de surjeu.

Mais on s ‘amuse aussi…

Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin Roosevelt 75 008 Paris .

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21 / www.theatredurondpoint.fr


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