L’autrice guadeloupéenne Maryse Condé a transposé le célèbre roman d’Emily Bronte dans la Guadeloupe du début du vingtième siècle. Heathcliff, cet enfant à la peau sombre, peut-être fils d’une Bohémienne, recueilli par M. Earnshaw et emmené au domaine de Hurlevent, devient, chez Maryse Condé, Razyé, un métis recueilli par M. Gagneur, propriétaire d’Engoulevent. Comme dans le roman d’Emily Bronte, l’enfant trouvé noue une passion amoureuse avec la fille de la famille, Cathy, et est en butte à la jalousie féroce du frère de Cathy, qui le prive de toute éducation. Pour échapper à une mésalliance, qui l’entraînerait vers une identité africaine, Cathy épouse le propriétaire du domaine des Belles feuilles, Linsseuil. Comme Heathcliff dans Les hauts de Hurlevent, Razye se vengera en épousant, pour l’humilier et la maltraiter, la sœur de Linsseuil et en s’emparant du domaine d’Engoulevent, après avoir ruiné son propriétaire, le frère de Cathy. Mais à la différence du roman d’Emily Bronte, Cathy et Razye ont eu en secret une enfant Cathy 2, ouvrant vers une narration sur plusieurs générations.

On retrouve dans le roman de Maryse Condé les thèmes de celui d’Emily Bronte, l’amour, la jalousie, la vengeance, la colère et les crises de folie. Même l’atmosphère de mystère de la lande trouve un écho dans le paysage sauvage de la Caraïbe. Le thème central reste celui des rapports de domination, à la fois sociaux et raciaux. Razye a la peau sombre comme Heathcliff. Si cet aspect n’est pas développé dans le roman d’Emily Bronte, il l’est beaucoup plus dans celui de Maryse Condé, renvoyant à la société caribéenne, où les rapports entre Noirs, bekés et métis sont gangrenés par les préjugés racistes.

Anne Monfort adapte et met en scène le roman de Maryse Condé. Elle fait dialoguer les vivants et les morts, en plaçant côte à côte Emily Bronte et Maryse Condé. Leur dialogue s’entrelace à l’histoire passionnelle de Cathy et de Razie. La metteuse en scène nous plonge dans une atmosphère fantastique avec des paysages sauvages et des présences surnaturelles. Le créole et le français dialoguent avec la musique, confiée à sa partenaire habituelle, Núria Gimenez Comas. Aux côtés de Judith Henry et Isabelle Kancel, qui interprètent les deux autrices, des artistes guadeloupéens, Harry Baltus, Coralie Méride et Djemi Pittet incarnent avec force les personnages du roman. Une belle découverte.

Micheline Rousselet

Spectacle présenté dans le cadre du festival Mois Kréyol, vu au Centre Culturel Suisse à Paris – Tournée en construction, 12 novembre à L’Arc, Scène Nationale Le Creusot

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