C’est la voix de Juliette Drouet, l’amante de Victor Hugo pendant plus de vingt-cinq ans et qui lui écrivit plus de 22 000 lettres, que l’on entend enfin. Quand la pièce commence, elle a 67 ans, arrive à Bruxelles après avoir quitté son « cher Toto » pour sa énième infidélité. Depuis qu’il l’a remarquée, jeune actrice sans grand talent, ils ont passé une sorte de contrat. Il se laissera aimer, l’entretiendra mais elle devra renoncer au théâtre et toujours vivre près de lui. Elle le fera pendant près de cinquante ans, supportant qu’il coure « d’une chambre à l’autre, de celle des pairs à celle des cocottes », devenant même la lectrice d’Adèle Hugo, l’épouse de Victor devenue aveugle.

Un lit, un fauteuil, une table et une silhouette qui arrive dans l’ombre, Juliette. Cape enlevée, elle devient la jeune femme en robe rose, de style Second Empire qui séduisit le grand homme et déroule chronologiquement le fil de sa vie, de son enfance d’orpheline placée dans un couvent, à ses débuts comme modèle d’un sculpteur, dont elle aura une fille Claire, qui mourut presqu’en même temps que Léopoldine, la fille de Victor Hugo, de sa carrière écourtée d’actrice à sa vie toujours dans l’ombre, proche de son grand homme. On suit les événements cruciaux de la vie d’Hugo dont elle fut le témoin privilégié. Et derrière le « grand homme », admiré et devenu un mythe de son vivant, elle donne à voir l’homme avec ses faiblesses, son égoïsme et ses lâchetés. Même si le texte de Patrick Tudoret est parfois enlevé, le choix de suivre l’ordre chronologique est un peu plat. Quelques morceaux de musique classique, Schumann, Schubert, Chopin, Grieg se mêlent parfois à la voix de la comédienne ou offrent des moments de respiration. Une voix off assure les parties narratives rendant le spectacle un peu scolaire.

Marie Lussignol est fraîche, vive, plus émouvante en Juliette jeune et amoureuse, qui n’est pas dupe lorsque Hugo, sous prétexte de séances d’hydrothérapie bonnes pour sa santé, reluque les femmes sur la plage, qu’en femme plus âgée à l’ironie douce-amère, qui « boit à la santé des poètes, des tricheurs et des menteurs ».

« Derrière chaque grand homme se cache une femme » dit le proverbe, la pièce nous donne le plaisir de suivre la vie de celle qui accompagna le génie des lettres pendant près de cinquante ans et mourut la première le laissant inconsolé.

Micheline Rousselet

À partir du 19 janvier au Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris – les lundis à 19h – Réservations : 01 42 65 90 00 ou www.theatredesmathurins.com

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