Laetitia Gonzalbes a écrit et mis en scène un spectacle étonnant sur Erik Satie. En mêlant réalité et fiction, elle nous dévoile la vie de ce musicien dont la plupart d’entre nous ne connaissent que quelques œuvres (les Gymnopédies, les Gnossiennes et la Belle Excentrique) et ignorent tout ou presque de sa vie.

Tout commence dans un asile psychiatrique en remontant le temps une heure avant la fuite d’un homme et d’une jeune femme. Une jeune infirmière en robe blanche avec des motifs noirs géométriques entre dans la chambre d’Erik Satie, costume trois pièces, barbichette, chapeau melon et parapluie et l’interroge sur sa vie. S’engage alors entre eux un jeu de chat et de souris magnifiquement chorégraphié qui nous plonge dans l’univers fantaisiste du musicien. Il nous raconte ses tournées dans les bars, ses amitiés avec les grands artistes de l’époque, Debussy, Cocteau, Picasso, Ravel…, sa détestation des critiques, son amour pour Suzanne Valadon, ses moments de déprime et son impression constante de ne pas être reconnu.

L’invention du personnage de l’infirmière jouée par Anaïs Yazit, qui nous réserve bien des surprises, offre aux spectateurs un très beau duo. Elle est espiègle, pétillante, charmeuse mais laisse aussi transparaître des blessures. Remarquable danseuse, elle excelle dans le double jeu. Elliot Jenicot joue avec un total engagement un Erik Satie plein de contradictions : un misanthrope qui s’engage auprès d’enfants déshérités à Arcueil à qui il veut faire découvrir la connaissance et les arts, un solitaire qui se moque des honneurs mais qui rêve d’être reconnu, un homme qui ne croit pas dans l’amour mais qui a connu une passion brève mais intense avec Suzanne Valadon, un être plein d’humour, aimant jouer avec les mots mais profondément mélancolique… Son duo avec Anaïs Yazit fonctionne à merveille. Ils nous entraînent dans leur pas de deux à la fois émouvant et drôle.

La scénographie de Laetitia Gonzalbes nous plonge dans le monde du musicien avec les deux pianos miniatures, le tabouret, les feuilles blanches qui peuvent faire penser à des partitions, l’écran de fond de scène sur lequel ses lettres et ses écrits sont projetés. Les belles animations de Suki et les pétales blanches qui jonchent la scène nous font voyager entre réel et imaginaire.

Frédérique Moujart

Jusqu’au 2 février 2025, du mercredi au samedi à 19h ou 21h, le dimanche à 18h ou 20h – Le Funambule Montmartre, 53 rue des Saules, Paris 18ème – Réservations : 01 42 23 88 83 ou www.funambule-montmartre.com

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu