Créée en 2005 par Jean-Christophe Meurisse, la Compagnie des Chiens de Navarre, qui nous fait rire depuis des années par son humour caustique, s’attache cette fois aux questions des violences faites aux femmes et à la justice. I will survive met en parallèle deux procès, celui d’une femme qui a fini par tuer son mari après des années de violences sexuelles et physiques et celui d’un humoriste qui sur une radio populaire a fait une blague, lourde et même pas drôle, sur les violences faites aux femmes, ce qui lui a valu une attaque en règle des féministes sur les réseaux sociaux. En s’intéressant au quotidien des deux inculpés, ce sera notre société qui sera questionnée. Comment ont réagi les collègues et les chefs de l’humoriste ou les gens qui ont été en position de soupçonner les violences subies par cette femme lorsqu’elle est allée porter plainte ? Que peut-on dire de la réaction de la police et de la justice ?
Avec Les Chiens de Navarre on sait que l’insolence et l’humour seront en majesté. Cette fois, peut-être parce qu’ils se perdent un peu dans leur engagement à toute épreuve en faveur de la liberté d’expression, dans le cas de l’humoriste, ou parce que le sujet des violences faites aux femmes est grave et sensible, ils semblent un peu plus moralistes qu’à l’habitude. Ils n’en restent pas moins ironiques et sarcastiques à l’égard des gens de pouvoir, la police et la justice en particulier, mais aussi provocateurs, comme on les aime. Si on rit beaucoup du fonctionnement des émissions de divertissement et des relations avec la hiérarchie des animateurs ou de la rencontre de la mère avec la directrice de l’école de son fils, on rit beaucoup moins lorsque cette femme est reçue au commissariat où elle vient porter plainte. Comme à leur habitude Les chiens de Navarre improvisent, convoquent Coluche, l’Abbé Pierre, Sarkozy et Macron dans leur démonstration ou convient des spectateurs à venir sur scène pour être les jurés. Ils n’hésitent pas devant les scènes trash, sanguinolentes, grand-guignolesques et provocatrices C’est parfois un peu lourd, le détenu se lavant longuement les testicules en arrosant le public ou le procureur, bavant du sang, bredouillant et hurlant de colère contre cette femme, qui au mépris de la loi s’est fait justice en tuant son mari. Mais c’est leur signature et on aime. Le rire et la provocation ne sont-ils pas des instruments favorables à la discussion et à la réflexion ? Alors vive I will survive qui n’a pas volé son Molière 2026 du théâtre public.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 27 juin aux Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris – du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h – Réservations : 01 46 07 34 50 ou www.bouffesdunord.com
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu