La mythologie raconte qu’après la chute de Troie, Ménélas a retrouvé son épouse Hélène, qui l’avait quitté pour suivre le Troyen Pâris. Que se sont dit le roi de Sparte vainqueur de Troie et celle qui fut son épouse et pour laquelle selon la légende a éclaté cette guerre qui dura dix ans ? Elle est désormais aux côtés des vaincus, promise à être le butin d’un chef Grec ou tuée. De leur échange le texte d’Homère ne dit rien et le sort d’Hélène diverge selon les sources. Simon Abkarian s’est glissé dans l’intimité de leur rencontre et peint deux personnages qui déjouent les stéréotypes qui leur sont attachés. La guerre est terminée, le massacre des Troyens a eu lieu mais une autre guerre commence.

Simon Abkarian livre un texte lyrique habité par l’amour, le désir, la sensualité, la jalousie, la vengeance, mais aussi la force des femmes et la fragilité des hommes. Hélène n’a nulle intention de plier, elle n’a pas de regrets, elle n’est pas la catin que dénoncent les Grecs, elle a aimé Pâris. Ménélas n’est pas un butor prêt à la violer. Il se souvient de son amour et veut encore la protéger de la violence des vainqueurs. Ils se rendent coup pour coup. Il ne lui épargne pas le récit de l’assassinat de Pâris, elle raconte la volupté de leurs dernières étreintes avant la prise de Troie.

La mise en scène de Simon Abkarian joue de cette complexité des personnages. Quand la pièce commence, Ménélas est en pleine lumière, vainqueur incontestable, mais l’apparition d’Hélène dans l’ombre de la porte semble faire vaciller ses certitudes. Elle le provoque, fait mine de se dénuder pour se livrer au vainqueur, puisque c’est le sort des vaincues, mais Ménélas la recouvre. Quand elle arrive dans la lumière, c’est la Reine qui est là avec son manteau doré mais celui-ci s’ouvre laissant apparaître des dessous noirs de catin. Hélène est double, tout comme Ménélas, guerrier vainqueur et brutal mais capable aussi de révéler ses faiblesses, sa douleur quand il a vu la trace des pieds de la fugitive partant enlacés à ceux de Pâris, l’amour qu’il lui porte encore et le poids du patriarcat qui a pesé sur leur histoire.

Entre les voix, le piano et le chant de Macha Gharibian accompagnent l’émotion et les silences qui s’installent entre Hélène et Ménélas. Aurore Frémont donne à Hélène sa grandeur et sa sensualité. Elle assume son départ avec Pâris. Il ne l’a pas enlevée, elle est partie avec lui. Dans ce monde d’hommes rudes, celle que l’on avait nommée la plus belle femme du monde refusait de rester enfermée à attendre son époux. Elle dit « Je veux être Hélène qui danse dans Hélène ». Brontis Jodorowsky incarne un Ménélas qui refuse d’endosser les brutalités que l’on attend du vainqueur. Il caresse les pieds d’Hélène étendue sur le divan. Ses gestes accompagnent ses paroles pour dire son amour, l’innocence de la jeunesse perdue et aller au-delà de la jalousie pour pouvoir à nouveau prononcer le nom d’Hélène.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 25 novembre au Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet – 2-4 square de l’Opéra Louis Jouvet, 75009 Paris – du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h – Réservations : 01 53 05 19 19 ou www.athenee-theatre.com

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