
Alice Sarfati offre une façon originale de parler de la famille, cette institution qui peut être protectrice ou toxique et est souvent au cœur de traumatismes que l’on traîne toute sa vie. La constellation familiale est une forme de thérapie brève qui s’appuie sur l’idée que la famille est une constellation et que chaque membre est une étoile de cette constellation. La thérapie consiste à faire revivre à une personne des scènes de sa propre histoire et à, éventuellement, éclairer des traumatismes enfouis.
Sur le plateau un groupe de parole va se plonger dans une expérience de « constellation familiale ». Chacun, autour d’un animateur, va jouer un personnage de la famille de Jeanne, qui vient à la suite de la mort de sa mère chercher des réponses au chaos de sa vie et tenter de comprendre le gros conflit que cette dernière a traversé dans le passé et qui semble l’empêcher d’avancer dans sa propre vie. Ils vont surtout se concentrer sur trois moments : celui où Jeanne, sa sœur et son frère se retrouvent à l’hôpital pour déclencher la sédation de leur mère en phase terminale d’un cancer, la lecture du testament par le notaire et, en glissant vers le passé, un anniversaire où se révèle un secret.
Alice Sarfati,qui a écrit et met en scène le texte, réussit à traiter avec humour ce sujet qui pourrait être plombant. On a un peu une métaphore du théâtre avec ces gens qui ne se connaissent pas et vont jouer avec leurs intuitions et leur ressenti corporel des moments de la vie d’un autre. Il y a des moments drôles comme la chute de certains arrivants sur le sol rendu glissant par la maladresse de l’animateur, une chute pas tout à fait gratuite rappelant les aléas de nos existences. Comme dans la vie les membres du groupe s’envolent parfois loin du sujet, l’ennui du métier de médecin par exemple. Pour éviter que le spectateur se perde, en raison du fait que les six comédiens jouent tous les rôles et les échangent en cours de route, une mise au point se fait à un moment avec panneaux indiquant qui est qui et quelle est sa place dans la famille ! Les trois scènes les plus importantes sont jouées plusieurs fois, un détail permettant de se placer dans la peau de l’autre pour mieux saisir la complexité des rapports familiaux sous les non-dits. Un très rapide passage au noir permet aux comédiens d’échanger leur rôle et de changer éventuellement de costume. Tous les six (Margot Alexandre, Margaux Grilleau, Matthias Jacquin, Sylvère Santin, Vincent Steinebach et Judith Zins) sont très convaincants et savent danser et chanter puisque comme dans la vraie vie il y a toujours des moments d’espoir et de lumière.
Un spectacle à la fois drôle et émouvant.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 14 Mars au Théâtre 13 / Bibliothèque, 30 rue du Chevaleret, 75013 Paris – du lundi au vendredi à 20h, les samedis à 18h – Réservations : 01 45 88 62 22 ou billetterie@theatre13.com
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