On sait tout de Marilyn Monroe. Sa mère placée en hôpital psychiatrique, son enfance ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil, auxquelles elle réussira à échapper en se mariant à seize ans avec un voisin, ses premiers pas comme mannequin, les premiers scandales quand elle pose nue, la fabrication par les Studios hollywoodiens d’une star aux cheveux blonds platine qui abandonne son nom, Norma Jeane Baker, pour celui de Marilyn Monroe, sa carrière cinématographique qui décolle avec des films devenus célèbres, les mariages, avec le champion de base-ball Joe di Maggio dont elle divorce rapidement, puis avec l’écrivain Arthur Miller dont elle admire l’intelligence et la culture, ses liaisons avec Yves Montand et le Président Kennedy. On l’a souvent présentée comme une femme victime de sa beauté, une idiote proie rêvée pour les hommes. Proie rêvée peut-être, mais plus en raison de son histoire personnelle et de ses névroses que de sa supposée bêtise. Elle avait de l’humour et savait se jouer des questions insidieuses des journalistes comme lorsque, à l’un d’eux qui insistait pour savoir si vraiment elle n’avait rien du tout dans sa photo nue, elle répondit « no, I had the radio on » ! Elle a su jouer de sa notoriété pour des causes qui lui tenaient à cœur, par exemple en obligeant des directeurs de clubs célèbres à accueillir et traiter dignement Ella Fitzgerald, exclue de ces lieux en raison de la couleur de sa peau et de son surpoids.
La comédienne Alice d’Arceaux désirait jouer Marilyn. Comédienne, elle sait aussi chanter et danser. Pour elle, Sophie Forte a écrit et mis en scène ce conte musical. Pas de décor mais des portants, où sont accrochées les différentes robes que portera Marilyn et une malle où elles disparaissent après usage, comme une page de la vie qui se tourne. Du fourreau fuchsia avec lequel elle chante Diamonds are a girl’s best friend, on remonte le temps vers la petite fille en robe noire, qui bégayait, pour aller ensuite vers les robes-fourreaux comme dans Certains l’aiment chaud jusqu’à la robe d’or si serrée qu’on l’aurait cru cousue sur elle et avec laquelle elle chanta Happy birthday Mister President pour John Kennedy, sans oublier la robe blanche de 7 ans de réflexion que, à défaut de bouche de métro disponible, le guitariste fait s’envoler, pour recréer cette scène mythique qui valut à Marilyn une gifle bien sentie de son époux Joe di Maggio. Très convaincante, elle chante, danse et marche en remuant ses hanches comme la Marilyn de Certains l’aiment chaud. Sexy, drôle, émouvante, elle fait sentir le manque de confiance en elle de Marilyn, et on la voit sombrer peu à peu dans l’alcool et la dépression jusqu’à la dernière note mélancolique, celle du tournage des Désaxés, peu après lequel meurt Clark Gable, l’idole de sa jeunesse. À ses côtés Guillaume Nocturne l’accompagne à la guitare et joue avec humour tous les autres rôles, les familles d’accueil, le premier mari puis Joe di Maggio puis Arthur Miller, la mère de Marilyn, Sara Strasberg auprès de qui elle prit des cours pour devenir enfin une actrice,Yves Montand, chantant A bicyclette.
Un conte musical, où aux paillettes de la gloire se mêlent l’absurde, l’humour et le désespoir, porté par une formidable Marilyn, Alice d’Arceaux.
Micheline Rousselet
Du 2 octobre 2026 au 3 avril 2027 au Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris – du 2 octobre 2026 au 20 février 2027 : les vendredis et samedis à 19h, du 25 février au 3 avril 2027 : les jeudis, vendredis et samedis à 19h, relâche le 25 décembre et le 1er janvier – Réservations : 01 42 78 46 42 ou www.essaion.com
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