1955. Quatre jeunes employées de l’Hôtel Moderne s’affairent – gentiment car le patron est absent – à tout mettre en ordre, car le lendemain va commencer l’affluence avec la semaine des Arts ménagers. En attendant demain, elles bavardent, s’amusent, jouent du piano, chantent et dansent. Simone de Beauvoir et la parution du Deuxième sexe agitent les esprits, on rêve sur l’air de « Moulinex libère la femme » mais on en est encore aux balbutiements de la libération des femmes.

C’est sur la très bonne idée de faire vivre cette époque et les questions sur la place de la femme dans la société qui l’agitaient que le quatuor Ariane a construit son spectacle.

Théâtre : Eau chaude à tous les étages
Théâtre : Eau chaude à tous les étages

Deux sopranos, Morgane Billet et Agathe Trébucq, une mezzo soprano, Flore Fruchart et une pianiste Éléonore Sandron nous invitent à découvrir les plus belles pages de l’opérette au féminin, certaines connues même par les non spécialistes comme celles d’Offenbach mais beaucoup d’autres aussi dont on découvre l’humour.

Elles ont fait appel à Yves Coudray, qui a aussi réalisé la mise en scène, pour leur écrire un texte qui parle de la place des femmes dans la société et permette d’introduire ce qui fait tout le sel de la soirée, les couplets des maîtres de l’opérette qu’étaient Yvain, Christiné, Gabaroche ou Messager. Elles ont réalisé les arrangements musicaux pour les moderniser, les vivifier et les adapter aux timbres de leurs voix. Et surtout, ce qui est un exploit, elles y trouvent la matière de questions sur la place des femmes dans la société ! Les saynètes s’enchaînent sur un rythme rapide, on les suit dans leurs interrogations, on s’émeut, on sourit et on rit.

Vêtues de leur uniforme de travail, robes à rayures bleues, roses ou vertes sur fond blanc, ou de robes sexy empruntées à la garde-robe d’une cliente de l’hôtel, elles chantent, seules ou ensembles, et elles dansent à l’occasion. Chacune a sa personnalité. Agathe Trébuchest délicieuse en femme sexy et séductrice, ce qui amène le couplet de Messager, J’ai deux amants, très drôle aussi quand elle confond les expressions ou inverse les syllabes, ce qui la conduit tout droit à J’ai confondu, un air de Gabaroche. Face à elle, Morgane Billet incarne la figure de l’émancipation féminine tandis que Flore Fruchart représente une position moyenne et que Éléonore Sandron, la pianiste rêve d’une vie de femme mariée. Elles ne se contentent pas de chanter, elles jouent très bien la comédie et n’hésitent pas à danser, Flore Fruchart se lançant même dans un joli numéro de claquettes. Leur interprétation de Bien chapeautée de Christiné est un petit bijou. Fidèle aux parole, elles agitent « leur robe qui fait frou-frou et leurs petits pieds qui font floc floc floc » ! Elles potinent comme dans l’air de Christiné, elles font varier les tons, elles chantent admirablement bien et on a très envie de les suivre dans leur hôtel ! C’est intelligent, gai et pétillant comme du champagne.

Micheline Rousselet

Le 28 mai à 21h

Auguste Théâtre

6 impasse Lamier, 75011 Paris

Réservations : 01 43 67 20 47

Du 5 au 27 juillet 2019

Théâtre Notre Dame

13 rue du Collège d’Annecy, 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 06 48


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