Alonso Quijano a lu trop de romans de chevalerie. Son imagination s’envole et il se fait chevalier errant, partant sur les routes en quête de justice et de gloire, chevauchant sa fidèle Rossinante et accompagné de son écuyer Sancho Panza. Tandis que Sancho reste ancré dans la réalité, Don Quichotte rêve, embellit la réalité et attribue ses échecs à des ensorcellements.

Que faire au théâtre de ce roman complexe, plein des péripéties des romans de chevalerie, mais considéré aussi comme le premier roman moderne car l’auteur s’introduit dans le texte, et y utilise avec un art consommé la mise en abyme ?

Théâtre : Don quichotte
Théâtre : Don quichotte

Il existe plusieurs façons de faire une adaptation, une fidèle au texte, à la scène près, et une qui s’intéresse à l’esprit du texte, à ce qui est derrière la narration et c’est celle-là que choisit Jérémie Le Louët. On va donc retrouver dans son Don Quichotte des épisodes du roman (le valet impayé, la libération des forçats, le combat contre les géants-moulins à vent, etc..), mais ce n’est pas l’essentiel. Dans son adaptation tout est mise en abyme. Cervantes jouait avec le lecteur. L’histoire qu’il racontait était présentée comme vraie alors que son conteur était lui-même un personnage de fiction, il intervenait même dans le roman en tant qu’auteur. Ce jeu entre le fantasme et le réel, entre le souvenir et le rêve on le trouve chez de grands auteurs de théâtre. Jérémie Le Louët dit « La force du théâtre se trouve dans ces instants de trouble où la fiction et la réalité deviennent une seule et même chose, où les personnages sont des acteurs qui jouent des personnages devant un public qui joue le jeu de la représentation ».

La scène se présente comme un plateau de tournage où se créent le vrai, le faux, l’artifice, le rêve. La satire est toujours présente comme dans le roman. Le faux est bien visible : le cheval de Don Quichotte est un grand cheval à roulettes, tout comme le petit âne de Sancho. Cervantes jouait avec son lecteur, Jérémie Le Louët joue lui avec le spectateur. Dès le début il lui demande de prendre parti et c’est sur l’écran vidéo que les spectateurs se découvrent avec un visage de mouton pour la séquence des bergers. Á la fin Don Quichotte annonce au public la séquence tant attendue du combat contre les moulins à vent et c’est un Don Quichotte en armure faite d’éclats de métal brillant, sous une lumière éblouissante façon discothèque, qui mène le combat. Tout est illusion et l’illusion est démontée. Les vidéos ne sont jamais redondantes, elles permettent de grossir le trait, de déformer et la musique contribue aussi à la dimension satyrique de l’ensemble. Les acteurs entrent complètement dans l’esprit du projet. Jérémie Le Louët est Don Quichotte, à la fois touchant avec ses rêves de justice et de gloire et ridicule dans son déni de réalité, mais il est aussi Jérémie le metteur en scène. Julien Buchy se dédouble lui aussi, il est l’acteur Julien et Sancho.

Jusqu’au bout on est dans la moquerie, la satire mais c’est aussi une merveilleuse déclaration d’amour au théâtre et une superbe démonstration de son pouvoir. On pouvait craindre le pire d’une adaptation de Don Quichotte et on en sort conquis et admiratif.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre 13 / Seine

30 rue du Chevaleret, 75013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22


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