Créée en 2011 la pièce de Cyril Gely suscite toujours l’intérêt des spectateurs. Elle raconte la rencontre qui aurait pu avoir eu lieu en 1944 entre le Général von Choltitz, Gouverneur Général de Paris et le Consul général de Suède Raoul Nordling à l’Hôtel Meurice où le Général résidait. Les colonnes de l’armée de libération sont aux portes de Paris, et vu le symbole que représentera sa libération, le Général von Choltitz a reçu de Hitler l’ordre de détruire entièrement la ville. Tout est en place pour la rayer de la carte, fut-ce au prix de centaines de milliers de morts. Raoul Nordling a réussi à s’introduire dans la chambre du Général et va tenter de le convaincre de renoncer à ce projet. On assiste à l’échange des arguments entre le Général et le consul. Celui-ci montre la responsabilité qui serait celle de celui qui déciderait de détruire une ville comme Paris et la triste image qu’il laisserait à la postérité. Le Général argue de son obligation d’obéir en tant que militaire et craint pour sa famille qui serait déportée s’il désobéit. La pièce s’appuie sur les mémoires du Général.

Béatrice Agenin propose une nouvelle mise en scène de la pièce. Il s’agit d’un huis-clos et nous sommes dans la chambre du Général à l’Hôtel Meurice. En fond de scène un drapeau nazi disparaît laissant la place à une grande toile peinte avec les monuments de Paris au petit jour, tels qu’on peut les voir d’une fenêtre du Meurice. Une cheminée à jardin dont on comprendra rapidement le rôle, une porte à cour par où entreront les aides de camp du Général, un bureau et son fauteuil, une carte avec les emplacements des charges explosives et quelques lampes complètent le décor. Le duel peut commencer. Ce ne sont pas des ego qui s’affrontent mais des valeurs, avec comme enjeu la survie de Paris, de son patrimoine inestimable et de ses habitants.

Deux grands comédiens s’affrontent. Dominique Pinon incarne le Général von Choltitz, convaincu qu’il est de son devoir d’obéir aux ordres. Au début il a encore la morgue de celui qui croyait au « Reich de mille ans » et méprise le message que lui a fait parvenir le général Leclerc, tout comme les Français en général. Le comédien le fait évoluer peu à peu. Il commence à envisager de renoncer mais veut des garanties et veut conserver aux yeux des siens l’aura de celui qui a fait son devoir envers sa patrie. Perdant un peu de sa raideur, il devient plus humain. Bruno Putzulu apparaît comme un Nordling manœuvrant habilement, cherchant les arguments, faisant des propositions qu’il fait évoluer pour tenter de convaincre, offrant une ultime porte de sortie au Général, que celui-ci refuse, mais Nordling a réussi puisque Paris est sauvé. Le drapeau nazi, brièvement réapparu, peut tomber définitivement.

Cet échange n’a peut-être jamais eu lieu, mais les arguments qui s’échangent méritent d’être écoutés. Faut-il obéir si l’ordre apparaît manifestement injuste et si les conséquences en seront terribles ? A l’heure des conflits en Ukraine ou en Israël la question reste d’actualité.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 3 janvier 2027 au Théâtre Hébertot, 78bis Bd des Batignolles, 75017 Paris – du mardi au samedi à 21h – Réservations : 01 43 87 23 23 ou theatrehebertot.com

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