Mouss Zouheyri met en scène et joue ici deux courtes pièces de l’écrivain australien Daniel Keene qu’il connaît depuis vingt-cinq ans et dont il avait été le premier, en 1999, à présenter en France Low, une pièce écrite en 1991. L’écriture de Daniel Keene, poétique et profondément humaine, donnant toute leur noblesse aux exclus, avec leur solitude et leurs fragilités, trouve parfaitement son expression dans le jeu de Mouss Zouheyri, délicat, tendre et sensible.

Dans Deux tibias, un clochard trouve dans une poubelle un nouveau-né qu’il tente de réchauffer contre lui dans la nuit. Il tentera de donner à l’enfant, mort au petit matin, une sépulture et de rendre un hommage à cette petite vie à laquelle nul sauf lui n’a accordé la moindre valeur. Le texte court, sec, sans pathos laisse le spectateur au bord des larmes. Dans Nuit, un mur, deux hommes, deux clochards parlent de la vie, de la mort, de la solitude, se souviennent du temps où une femme les a embrassés, du dernier vrai repas qu’ils ont fait. Leur vie désormais, c’est se protéger du froid, supporter les discours charitables pour trouver un repas, évoquer leur mort prochaine et se méfier des souvenirs qui font trop mal. Mais en dépit de tout il leur reste l’autre, leur semblable.

La petite salle voûtée aux murs de pierre pluricentenaires du Théâtre de Nesle est un décor parfait. Elle évoque le dessous des ponts ou les recoins où se protègent les SDF, ces lieux dont la permanence défie la précarité humaine. Les personnages y semblent de passage, plongés dans une semi-obscurité, que perce parfois une lumière instable, comme celle d’un feu, laissant beaucoup de place à l’ombre, révélant ici un visage, là des sacs. La musique crée un glissement entre les deux pièces ou ouvre une brèche dans la solitude des deux hommes.

Quand Mouss Zouheyri entre en scène, vêtu d’un vieux gilet informe qui recouvre des couches et des couches de vêtements aussi usés que celui qui les porte, avançant lentement, péniblement comme un de ces hommes que la rue abîme vite, le spectateur se sent envahi par le froid et la solitude. Il est pour la seconde pièce rejoint par Nicolas Roussillon Tronc dont la silhouette évoque la même vie cabossée. Tous deux incarnent magnifiquement le courage et la dignité de ceux que l’on oublie de regarder. Ils ont une humanité qui nous bouleverse.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 29 mars au Théâtre de Nesle, 8 rue de Nesle, 75006 Paris – les vendredis et samedis à 21h, les dimanches à 17h – Réservations : 01 46 34 61 04 ou www.theatredenesle.com


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